Arts visuels

Rem Koolhaas crée ce « laboratoire » pour la Fondation des Galeries Lafayette.

Les Galeries Lafayette, à leur tour, se lancent dans l’art contemporain. Mais pas du tout comme la Fondation Vuitton à Paris (Bernard Arnault), François Pinault à Venise et bientôt à Paris ou Prada à Milan. La société, toujours familiale, a choisi un terrain beaucoup plus modeste et singulier. Elle veut, avec sa filiale « Lafayette Anticipation » dirigée par Guillaume Houzé, descendant des familles propriétaires, créer une usine, un vrai laboratoire pour artistes, un lieu de production d’oeuvres de jeunes artistes internationaux.

L’an prochain, à l’automne 2017, Lafayette Anticipation ouvrira son lieu en plein quartier du Marais à la rue du Plâtre. Un ancien bâtiment industriel aménagé par le grand architecte Rem Koolhaas (celui qui a déjà rénové une usine à Milan pour la collection Prada et un garage à Moscou pour en faire en centre d’art.

Le point fort du projet Koolhaas est au centre du bâtiment avec des planchers qui peuvent bouger verticalement et changer les configurations des espaces en fonction des besoins des artistes. Rem Koolhaas reprend ainsi l’idée qu’il avait appliquée pour la maison Lemoine, à Bordeaux, maison iconique conçue pour un client paralysé et où ce sont les pièces qui bougent verticalement.

Le futur siège de Lafayette Anticipation aura 1000 m2 pour montrer les oeuvres produites mais aussi 500 m2 de laboratoires-ateliers aux volumes modulables (49 configurations possibles). Il s’agira de donner aux artistes toutes les libertés pour agir et produire.


Porsche coupée en quatre

Pour montrer quoi ? Un an avant l’ouverture et à l’occasion de la FIAC, la foire d’art contemporain qui ouvre jeudi, la Fondation d’entreprise Lafayette expose les projets d’une quinzaine d’artistes dans une friche industrielle dans le Marais. Ils ont été choisis par trois curateurs, il sont jeunes (la plupart entre 30 et 35 ans), ils viennent des quatre coins du monde et mêlent souvent les disciplines (art, design, video, etc.). On est aux antipodes du spectaculaire. Pas de noms connus ici, et a fortiori, pas de Jeff Koons ou Richter.

L’expo actuelle qui annonce le projet, s’intitule « Faisons de l’inconnu un allié » . Guillaume Houzé parle de ces artistes comme des « voyants » qui seuls, « peuvent porter la vue des hommes plus loin que n’avait coutume d’aller l’imagination de leurs pères. »

Parmi les artistes qui exposent leurs projets en cours, on trouve Lucy McKenzie basée à Bruxelles qui restaure la maison Art Deco De Ooievaar (1935) à Ostende pour mieux interroger l’interaction entre architecture et politique. Mary Ping fait créer en direct un sac de toile et cuir chaque jour, dans « une chorégraphie de création ». Yngve Holen a découpé en quatre quartiers égaux (la pièce s’appelle Cake) une vraie Porsche Panamera et en expose les morceaux soigneusement découpés pour se demander « s’il est possible de redistribuer les ressources dans un monde où les inégalités ne font que grandir ». Deux artistes créent une flûte circulaire qui doit être jouée par quatre artistes .

Toutes sont des oeuvres très singulières, plus ou moins convaincantes, hors des codes habituels. « L’inconnu comme moteur de production », dit encore la Fondation.


--> Encore jusqu’au 23 octobre, Lafayette Anticipation, 16 rue Debelleyme, Paris