Aula, grande et belle

PHILIP TIRARD Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Vous avez dit «aula» ? Le Robert historique de la langue française nous renseigne que le mot a été repris à l'allemand à la fin du XIXe siècle, dans le sens de «salle des fêtes», «amphithéâtre». L'allemand l'avait lui-même tiré du latin aula «cour intérieure», emprunté au grec aulê «cour» et «cour du palais royal», aussi «parc à bestiaux»

Par tradition, la remise des insignes de docteur honoris causa de l'Université catholique de Louvain a lieu lors de la fête patronale de l'institution. Cette cérémonie prend cette année un lustre tout particulier puisque les autorités académiques l'ont fait coïncider avec l'inauguration de l'Aula Magna, projet au long cours qui arrive enfin à son terme.

Conçu par l'architecte belge Philippe Samyn, ce vaste navire de verre amarré au lac de Louvain-la-Neuve symbolise l'achèvement du transfert de la partie francophone de l'université sur le site du Brabant wallon. Trente ans après la querelle linguistique louvaniste qui mena à la séparation, les autorités de Louvain-la-Neuve se réjouissent d'inviter leurs cousins de la KUL Leuven à assister à cette inauguration. «Ils seront bien reçus», affirmait jeudi soir le vice-recteur Gabriel Ringlet à la télévision, non sans avoir souligné combien la recherche et l'enseignement universitaires exigent, en ce début du troisième millénaire, une collaboration entre institution de langues, de confessions et de traditions différentes.

LA CULTURE EN TÊTE

Le calendrier indique en outre que la vénérable maison du savoir peut célébrer en 2001 le 575e

anniversaire de sa naissance. «Université et culture», tel est le thème choisi par le rectorat en la circonstance (lire ci-dessous l'interview du recteur Marcel Crochet). Ce 2 mai, ce sont en effet, des artistes d'envergure internationale qui reçoivent les honoris causa. On lira en page 22 les portraits des quatre récipiendaires: l'écrivain d'origine libanaise Amin Maalouf, le peintre et photographe allemand Gerhard Richter, le musicien espagnol Jordi Savall et le scénographe tchèque Josef Svoboda.

Ces quatre artistes prendront donc la tête du cortège qui, le mercredi 2 mai à 15 h 30, se rendra solennellement vers le nouvel édifice, signal d'un pôle d'extension de la ville placé entièrement sous le signe de la culture. La grande aula sera en effet flanquée d'un complexe de treize salles de cinéma (à s'ouvrir cet été) et du Musée de Louvain-la-Neuve dirigé par le professeur Ignace Vandevivere. Dans la diversité de ses origines nationales et de ses pratiques artistiques, le quatuor des honoris causa symbolise la vocation plurielle du nouvel auditoire.

Via la création d'une société privée, l'université a confié la gestion du lieu à deux codirecteurs, Patrick de Longrée et Rinus Vanelslander, actifs depuis plus de quinze ans dans la production de spectacles, au sein de leur société Del Diffusion. Celle-ci organise notamment chaque été des représentations théâtrales de qualité dans les ruines de l'abbaye de Villers-la-Ville. Des hommes de théâtre pour gérer le vaisseau amiral des enceintes académiques? La proposition doit faire sourire Armand Delcampe qui a ferraillé dur pendant un quart de siècle pour faire exister l'Atelier Jean Vilar sur le campus et qui vient d'en passer la direction à Philippe Sireuil. C'est Delcampe qui a recommandé les animateurs de Del Diffusion aux autorités académiques pour la gestion de l'Aula Magna

«Elle a trois fonctions, explique Patrick de Longrée. Amphithéâtre de prestige pour les grandes manifestations de la vie universitaire (rentrée académique, remise de distinctions honorifiques, etc.), elle est aussi un centre de congrès, équipé pour recevoir en même temps plusieurs groupes pour des séminaires, des réunions d'entreprise. Enfin, le lieu a été pensé comme une salle de spectacle multifonctionnelle pouvant accueillir un bon millier de spectateurs. Avec l'architecte Philippe Samyn, nous avons étroitement collaboré pour adapter le programme architectural d'un grand auditoire aux exigences modernes de représentations musicales, lyriques, théâtrales, chorégraphiques, etc.»

Le monde du spectacle suit l'affaire avec attention: une salle de cette ampleur, proche de Bruxelles qui en est dépourvue, représente une véritable aubaine. Mais on attend évidemment de la découvrir. L'acoustique sera-t-elle compatible avec les divers genres musicaux et avec le théâtre? Quelle sera la visibilité pour les représentations théâtrales? Comment fonctionnera l'équipement technique?

Autant de questions qui trouvent un Patrick de Longrée au front serein. «C'est un rare privilège de pouvoir concevoir un lieu scénique avec un architecte de l'envergure de Philippe Samyn. A mesure que je soulevais les questions et les problèmes, il les résolvait sur le papier en quelques coups de crayons. Par ailleurs, j'ai rencontré une écoute et une attention extrême du côté des autorités académiques.»

Dès le 2 mai, la salle accueillera un concert, l'oratorio «Ludus Sapientiae», composé par Pierre Bartholomée, dont notre collaborateur François Jongen a écrit le livret. Dirigée par Jordi Savall, une formation relativement modeste trois chanteurs, quinze instrumentistes et une vingtaine de choristes créera cette oeuvre de commande dans une salle dont l'acoustique ne sera pas encore définitive. Attentivement étudiée, celle-ci dépend notamment d'un certain nombre de conques acoustiques amovibles: les définitives n'arrivant qu'en juin ou juillet, nous écouterons ce «jeu de la sagesse» dans des conditions encore provisoires. A la rentrée, l'habillage définitif de la salle sera terminé.

© La Libre Belgique 2001

PHILIP TIRARD

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM