Arts et Expos

Dix marchands d’art et experts de l’avant-garde russe ont de "grands doutes" sur 26 œuvres exposées au MSK.


Les 26 oeuvres de l’avant-garde russe (de 1910 à 1920), dont des Kandinsky et Malevitch, prêtées et exposées depuis octobre au musée des Beaux-arts de Gand sont-ils tous authentiques? Et dès lors, quelle est l’authenticité des oeuvres (500) de la collection d’Olga et Igor Toporovski, le couple russe installé à Bruxelles depuis dix ans et qui a prêté ces oeuvres ?

Dans un texte publié dans De Standaard et sur Artnet, dix experts de cet art ne parlent pas de "faux" mais émettent de "grands doutes" sur l’authenticité des oeuvres présentées. Parmi les signataires, des marchands d’art mais aussi des scientifiques comme Alexandra Shatskikh auteur de livres sur Malevitch et Natalia Murray, commissaire de la récente expo "Revolution" à la Royal Academy à Londres.

Ils expliquent que "ces oeuvres n’ont jamais été présentées en expositions, n’ont jamais été reproduites dans des publications sérieuses et qu’il n’y a pas de traces d’une vente. Les œuvres présentées de Kandinsky et Jawlensky ne sont pas dans les catalogues raisonnés et les objets peints par Kandinsky n’ont aucun équivalent connu". Les experts suggèrent de retirer ces oeuvres et de les étudier d’abord davantage.

Le musée de Gand a répondu qu’il avait suivi toutes les procédures habituelles pour s’assurer de l’authenticité des oeuvres, qui ont un certificat de provenance, grâce à un dialogue approfondi avec le prêteur et à la consultation des dossiers de documentation. Igor Toporovski réplique qu’il a "les preuves pour chaque pièce avec lhistorique des achats, même si les pédigrées complets des œuvres de lavant-garde russe manquent souvent pour cet art ballotté par les révolutions en Russie. S’il y a des questions scientifiques qui se posent, je peux répondre et indiquer toutes les provenances avec mes experts."  Et il contre-attaque: "C’est l’attaque du marché contre notre projet muséal. Aucun de ces experts n’a voulu voir l’expo et consulter notre documentation".

Le musée de Gand conclut sa réaction en disant: "Tant que des preuves irréfutables ne sont pas fournies pour justifier les rumeurs, il ny a aucune raison de retirer les œuvres. Le MSK a agi correctement et en pleine confiance en ce qui concerne les prêts à usage".

L’enjeu dépasse les 26 œuvres exposés car un musée privé, sans subside public, devrait s’ouvrir en 2020 à Jette, à l’ancien château de Dieleghem pour montrer et étudier cette collection. Les Toporovski qui affirment qu’ils ne veulent pas vendre leur collection, ont transmis celle-ci à la Fondation Dieleghem présidée par le bourgmestre de Jette, Hervé Doyen.