Arts et Expos

Le musée des Beaux-arts de Bruxelles puise dans ses collections pour un parcours de cinq siècles.

Michel Draguet, directeur du musée des Beaux-arts de Bruxelles, le répète : les musées fédéraux sont au régime du pain sec et n’ont quasi plus d’argent pour acheter des oeuvres et organiser de grandes expositions. Faisant de pauvreté vertu, il a donc choisi de se retourner vers les collections du musée et d’en exposer une sélection sous le titre: « Promesses d’un visage, l’art du portrait depuis les primitifs flamands jusqu’au selfie ».

Il a demandé à ses conservateurs une liste des meilleurs portraits en collections (il y a en a 4000 au musée) et en a choisi 160, mêlant les époques et incluant des prêts d’oeuvres contemporaines, dont un don anonyme des sculptures, autoportraits en animal mythique de Jan Fabre (valeur 3 millions, dit-il) et des peintures de Michael Borremans, Luc Tuymans ou Charlotte Beaudry.

L’exercice permet de confronter les époques, les styles, de montrer à travers l’histoire de l’art, tantôt les convergences, tantôt les oppositions.

Le portrait est bien sûr un des grands thèmes de l’art depuis que la peinture s’est affranchie des représentations codifiées du Moyen Age. Bernard Foccroulle disait : «Le Moyen Âge s'était abîmé dans la contemplation du mystère divin; l'homme des temps modernes se retrouve face à son propre mystère.»

Albert Camus disait que « l’art, du moins, nous apprend que l’homme ne se résume pas seulement à l’Histoire. »

Le mystère du visage de l’autre, dirait Levinas, est abordé d’emblée par deux tableaux, de Brusselmans et de Delvaux, du peintre et son modèle et de Pygmalion tombé amoureux de son oeuvre.

Portraits de nos rois

On retrouve de salle en salle les différents aspects du thème du portrait: les femmes, les enfants, etc., y compris une salle sur les portraits de nos rois. On voit par exemple les portraits de famille dans leur contrastes possibles: la famille très bourgeoise peinte par Navez, face aux paysans aux « tronches » inouïes de Léon Frédéric et la douceur pointilliste d’une famille par Van Rysselberghe.

Plus loin, l’expo confronte l’ecclésiastique dans sa gloire et le portrait écorché que Francis Bacon fait du Pape. Bacon qui disait: « Je déteste mon propre visage. Chaque jour dans ma glace, je vois la mort au travail. Il en est de même pour chacun. »

A côté des tableaux bien connus du musée (comme les enfants si bien peints par Evenepoel), on a ressorti des réserves des artistes du 19e siècle oubliés (parfois à bon droit) comme Jacques-Emile Blanche, Edouard Agneessens, Carolus-Duran, Camille Van Camp ou Carel de Moor.

L’exposition confronte ces tableaux avec des oeuvres contemporaines comme des photos d’Andres Serrano, Beat Streuli, Jan Vercruysse ou Stefan Van Fleteren.

© courtesy of Stefan Vanfleteren

Une balade comme un autoportrait du musée, avec un fil assez ténu. Une manière de montrer aussi les confrontations possibles quand un musée reste un musée universel, brassant toutes les époques.

Notons que les visiteurs peuvent participer et laisser un mot, une phrase, une réflexion, qui sera peut-être choisie pour être épinglée dans le parcours à côté des oeuvres.

Promises of a Face, Musée des Beaux-arts de Bruxelles, jusqu’au 15 juillet.