Arts et Expos Un grand polyptyque "sacré" de Bill Viola sur les Martyrs est entré à la cathédrale St-Paul à Londres.

Bill Viola y travaillait depuis près de huit ans. Ce sont deux œuvres majeures qui seront installées en permanence à la Cathédrale St-Paul à Londres. Des polyptyques religieux contemporains. Le grand vidéaste, qui vient de triompher à Paris avec sa rétrospective, nous expliquait : "La cathédrale Saint-Paul voudrait bien attirer vers elle un peu des cinq millions de visiteurs qui se rendent chaque année à la Tate Modern, située en face, au-delà du Millenium bridge. Ce sont des polyptyques permanents, comme à la Renaissance. Dans une chapelle, il y aura un triptyque évoquant la vie de la Vierge dans le désert (elle devrait ouvrir en 2015) et dans une autre chapelle, un polyptyque inauguré en mai dernier, en quatre écrans évoquant les Martyrs. L’art est là pour exprimer les sentiments. Il doit reproduire, chaque fois à sa manière, les grandes histoires de l’homme, les grandes expériences que l’humanité a connue, génération après génération. Chaque génération d’artistes doit repenser et refaire ces histoires et idées de l’humanité pour pouvoir mieux refléter le monde contemporain. "

Les œuvres commandées par la Tate et payées par des mécènes sont à la cathédrale pour dix ans au moins. "Les Martyrs" sont au fond du chœur, dans la chapelle de droite. On peut admirer la vidéo avec la visite (chère !) de la cathédrale, mais, deux fois par jour, on peut aussi ne voir que le Bill Viola et alors, gratuitement.

Au début de la vidéo, on voit sur les quatre écrans trois hommes et une femme, semblant morts. Le premier écrasé sous la terre, la seconde, ligotée à une corde. Le troisième effondré sur une chaise et le quatrième couché, pieds ligotés. Peu à peu, leurs "martyres" commencent et les ramènent à la vie : la terre s’envole, la femme est sous l’emprise d’un vent de tempête, l’homme assis est entouré par les flammes et le dernier, pendu par les pieds monte à travers une cascade d’eau. Les quatre éléments sont là : terre, air, feu et eau. Une œuvre magnifique, comme une suite aux "Passions" que Viola avait montrée il y a dix ans à la National Gallery.

Dans "Martyrs", la violence des éléments permet de passer de la mort à la rédemption. Bill Viola retrouve l’idée du martyr qui inspira tant de peintres. Mais ici, loin de vouloir effrayer, il donne à ces drames une sorte de paix, de résignation, de silence. Jamais les "martyrs" de Bill Viola ne crient ou ne prient. Ils endurent leur martyre, affichant la beauté de mourir pour une cause.

Du lun. au vend., à 11h30 et 14h15, une courte visite gratuite, uniquement pour le Bill Viola, est possible. Sinon, il faut payer l’entrée à la cathédrale. A Londres, en 2h avec Eurostar, 10 trajets par jour.