Arts et Expos

En quelques années à peine, de 2005 à 2012, Bonom est devenu une légende à Bruxelles. Ses grandes peintures murales sont apparues les unes après les autres, sur nos façades grises. Bruxelles hébergeait de curieux animaux et squelettes, surgis en une nuit sur ses murs aveugles. Un animal préhistorique courant le long du chemin de fer, un renard dévalant une façade, un bison, une baleine, un poulpe, une araignée géante. Défiant la police. Heureusement, malgré les pandores, la féerie s’est poursuivie et les habitants ont aimé cela.

Il y a juste deux ans, le Français Bonom, prince du street art, a rangé ses bombes de peinture pour exposer sous son vrai nom, Vincent Glowinski, à l’Iselp et ce fut un grand succès.

Depuis, il partage son temps entre son atelier où il peint, dessine, crée des animaux préhistoriques en cuir parchemin et des marionnettes géantes, et la scène où il devient un vrai "pinceau vivant".

Le Botanique lui consacre une exposition et il a choisi d’en faire un face-à-face très freudien avec les sculptures de sa mère, la céramiste Agnès Debizet. Et les œuvres de la mère et du fils se marient si bien que (il n’y a pas de cartels) on hésite sur la paternité ou la maternité des objets.

Un grand théâtre

Le tout se présente comme une plongée dans le monde avant l’apparition de l’Homme, comme une mise en scène théâtrale au sein d’un Museum des sciences naturelles imaginaire. Vincent Glowinski explique que la découverte quand il était enfant, du Museum de Paris fut déterminante dans son parcours.

L’architecture du Botanique, métallique, très fin XIXe avec ses coursives, est idéale pour une telle présentation. On chemine alors dans une lumière très tamisée, entre les céramiques de la mère (œufs géants et gravés, spirales, figures en croissance montrant l’évolution de la vie, arbres où les racines vont au ciel) et les œuvres du fils (squelette d’un dinosaure mais où les os sont en cuir, ptérodactyle géant dépliant ses ailes rouges, dessins fixant le mouvement, fanon de baleine, et, au fond, une fresque de mangrove peuplée d’arbres imaginaires).

La caverne maternelle

C’est la terre primitive, la mère matricielle avec ses ombres mystérieuses. Cette exposition intitulée "Mater Museum" est aussi freudienne. Vincent Glowinski fut, dans son enfance, fortement impressionné par l’atelier de sa mère, à 130 km de Paris, dans la campagne. Il y voyait les "forêts" de sculptures de terre et il écrit aujourd’hui : "Travailler à partir des œuvres de ma mère, c’est retourner dans son ventre, qu’il redevienne l’unique caverne que je n’ai jamais connue, l’unique nature que je n’ai jamais observée. L’argile qui en compose les parois, ainsi que ma peau par laquelle il m’est donné de les toucher, seraient les seuls éléments connus et existants. Je reproduis les sculptures de ma mère en les recouvrant de peau. Une fois celle-ci séchée, je les défais de leur matrice et en obtiens une mue."

Il a déposé ainsi sur un nid d’œufs de sa mère, le sien en cuir. Et il place ses arbres à l’ombre de ceux de sa mère : "Marcher dans la forêt avec ses racines sur la tête, c’est aller à la recherche de soi." Peau contre terre, cuir à la place des os.

Au centre de l’expo, les séries de sculptures en croissance d’Agnès Debizet signifient bien ce cheminement qui mène à l’enfantement comme le montrent plusieurs objets. Et ce n’est pas fortuit. Vincent Glowinski a eu une fille, Saskia et c’est aussi elle qui se cache dans ce parcours de la mère au fils.

Les Editions CFC sortent pour cette occasion un très beau livre avec dedans les commentaires croisés de la mère et du fils.Guy Duplat

"Mater Museum", Botanique, Bruxelles. Jusqu’au 17 avril.