Arts et Expos

Mauvaise nouvelle pour le musée des Beaux-arts de Gand si elle se confirmait: un des ses chefs d’œuvre, le "Portement de croix" ("Kruisdraging ») attribué jusqu’ici à Jérôme Bosch ne serait pas de ce peintre.. C’est ce qui ressort de l’enquête sur toute l’oeuvre de Bosch qui a été menée par le « Bosch Research and Conservation Project (BRCP) » avant la grande exposition Bosch (1450-1516) qui se tiendra l’an prochain à ‘s Hertogenbosch, la ville où le peintre vivat aux Pays-Bas, pour le 500e anniversaire de sa mort. Le musée de Gand y a pleinement contribué mais regrette que l’information ait filtrée prématurément alors que les travaux de recherche ne sont pas terminés.

Les chercheurs estimeraient que cette peinture sur un panneau de bois, magnifique et audacieuse, où les têtes sont serrées les unes contre les autres autour de celle apaisée de Jésus les yeux fermés portant sa Croix, est l’œuvre « d’un peintre phénoménal au nom toujours inconnu qui l’aurait peinte en 1520, peu après le décès de Bosch. » Dix-neuf personnages dans un espace qui n’en est pas un, dans un entassement de têtes et de bustes.

Cette peinture très innovante est depuis longtemps l’objet de discussions en paternité et cette annonce n’est donc pas vraiment une surprise. Dans sa monumentale monographie sur Bosch, au Fonds Mercator, éditée en 2007, Roger Marijnissen évoquait déjà ce débat. Stalkes en 1975 le tenait déjà pour « une copie d’atelier ou une variante d’atelier d’une composition originale, perdue aujourd’hui, exécutée par Bosch ». Mais quel que soit l’attribution finale du tableau, celui-ci reste un chef d’œuvre inouï.

Dans le même livre, on lisait déjà : « Cette œuvre n’a été suivie d’aucune autre atteignant le même niveau artistique, ni le même niveau de technique picturale. Si elle n’est pas de la main de Bosch, qui en est donc l’auteur ? » « De trogne en trogne, le peintre a réussi à sublimer dans le langage de la forme esthétique la laideur de l‘âme et la laideur du corps. »

Le musée de Gand, dans sa réaction souligne d’ailleurs que de toute manière cela reste un chef d’œuvre.

Le musée se réjouit par contre pleinement que son autre Bosch, « Saint Jérôme en prière », datant de 1490-1495 est non seulement purement de la main de Bosch mais est aussi qualifié d’un des panneaux majeurs du peintre.