Arts et Expos

Paul Dujardin, nommé pour un troisième mandat, affiche ses ambitions. Une nouvelle grande rénovation du Palais et une plate-forme européenne de la culture. Pour les autres musées, “on a trop pensé aux structures, pas assez au capital humain”, nous dit-il.

Paul Dujardin, 50 ans, vient d’être reconduit par le gouvernement fédéral pour un troisième mandat de six ans à la tête de la plus grande institution culturelle du pays : le Palais des Beaux-Arts (Bozar) : 400 personnes, un budget annuel total de 30 millions d’euros par an, 90000 transactions financières par an, un million de visiteurs chaque année. En dix ans, l’Etat a investi 200 millions d’euros dans le lieu et Paul Dujardin a dû trouver 200 millions supplémentaires pour boucler son budget artistique.

Quand on se souvient de l’état dans lequel se trouvait le Palais, il y a douze ans, englué dans des querelles internes de chapelles, devenu assoupi et vieilli, on mesure le chemin parcouru. Si le premier mandat de Paul Dujardin fut celui de la rénovation du Palais, de la mise en place d’une structure unie, pluridisciplinaire, d’une "marque" et d’une montée du public, son second mandat, commencé en 2008, en pleine crise financière, fut celui du passage réussi à travers les secousses de la crise budgétaire en multipliant les partenariats. Aujourd’hui, avec des expositions comme Zurbaran et Borremans (à partir de vendredi), des centaines de concerts par an, du théâtre, des conférences, du cinéma, etc., Bozar s’est replacé sur la carte européenne comme "le" centre de la capitale de l’Europe.

Paul Dujardin, hyperactif, plein d’idées, fut parfois contesté, mais il est vite apparu qu’il restait plus que jamais incontournable. Après appel à candidatures international et examen par le Selor, un jury l’a donc désigné pour rempiler. Un jury composé d’Henri Loyrette (ancien directeur du Louvre), Martijn Sanders (président du Holland festival), Laurent Busine (directeur du Mac’s) et Catherine De Zegher (la nouvelle directrice du musée des Beaux-Arts de Gand).

Changer les statuts

Pour cela, il a fallu changer les statuts qui limitaient la direction du Palais à deux mandats de six ans maximum. "Oui, c’est un peu piquant, nous dit-il. Car c’est moi qui ai proposé à l’époque de limiter à deux mandats seulement, car je voyais autour de moi le danger des directeurs nommés à vie, ce qui n’est jamais bon. Mais en fait, l’important est d’être régulièrement évalué, ce qui a été fait avec ce troisième mandat."

Le Conseil d’administration de Bozar est resté, par contre, identique depuis douze ans malgré ce que prévoient les statuts, et rien n’indique qu’il changera bientôt, toujours dirigé par l’influent Etienne Davignon. Comme si on craignait de changer et de devoir y faire entrer des nationalistes flamands, par exemple. "Il n’y a pas de souci, assure Paul Dujardin, c’est la continuité de l’Etat. Et avec le temps, ce conseil, composé de personnes toutes remarquables, est devenu comme une famille."

Pour son nouveau mandat, Paul Dujardin s’assigne des objectifs : ancrer la qualité du projet, consolider l’œuvre de toute une équipe, conserver le public actuel (qui est passé en dix ans de 300 000 à un million de visiteurs annuels), faire toujours davantage, de Bozar, la maison des artistes européens, une "plate-forme européenne de la culture", sans oublier les frontières de l’Europe et l’Afrique. Sans oublier non plus les projets éducatifs visant à amener les gens vers la culture ("pourquoi pas refaire l’excellente initiative BRXLBravo").

Master plan

Un volet important sera la troisième phase de rénovation du bâtiment.

Un nouveau "Master plan" a été demandé à ceux qui s’occupent déjà de la "Boekentoren" d’Henry Van de Velde à Gand : les architectes Paul Robbrecht et Hilde Daem, le bureau anglais Arup, les ingénieurs Laurent Ney et Greisch, le bureau Sum de Paul Lievevrouw, et l’architecte de Bozar, spécialiste d’Horta, Barbara Vanderwee.

"La tâche est en effet loin d’être achevée. Il nous faut une vraie cafétéria, un vestibule, un meilleur accueil des publics, un plus grand confort pour le public, une nouvelle signalétique. Il faut améliorer l’accessibilité du bâtiment aux équipes techniques : pour 34000 mètres carrés et huit niveaux, il n’y a qu’un ascenseur et un seul monte-charge ! Il faut dégager le sous-sol des espaces possibles de stockage. Nous voulons aussi ouvrir au centre du bâtiment, de la rue Royale vers le bas, une rue intérieure, une ‘Bozar street’ accessible à tous. Faire de Bozar une ville dans la ville. A la Tate, à Londres, un tiers du bâtiment est accessible à tous. Tout cela pour faire entrer les gens, pour qu’ils soient parmi nous, avoir un bâtiment plus ouvert, même si cela pose de nombreux problèmes à résoudre, dont celui de la sécurité."

"Le Master plan devrait aussi étudier la façade côté place Royale, qui ressemble aujourd’hui à une bouche de métro. Imaginer quelque chose comme Pei le fit avec la pyramide devant le Louvre. Je pense aussi à un concours à lancer pour construire un ‘signal’ indiquant le Palais. Il faut aussi travailler à la rue voisine, avec le futur nouveau siège de BNP Fortis du bureau autrichien Baumschlager Eberle qui sera achevé dans six ans."