Arts et Expos

L'artiste est surtout connu en Grande-Bretagne et, curieusement, au Japon. Mais son oeuvre gigantesque concerne aussi la France (il a travaillé étroitement avec le marchand d'art Sigfried Bing dont il a décoré la façade) et la Belgique puisque Frank Brangwyn est né à Bruges en 1867. S'il a quitté tôt la ville flamande avec sa famille pour rejoindre l'Angleterre, il a toujours gardé un peu de son coeur à Bruges et y a légué de très nombreuses oeuvres, en 1936, au point que Bruges en a fait son citoyen d'honneur.

La ville, via le musée Groeninge et l'hôtel Arents qui lui est lié, célèbre pour l'instant l'artiste à l'occasion des 70 ans de la donation et des 50 ans de sa mort, une belle chance pour redécouvrir un homme pour le moins protéiforme. On dit qu'il avait réalisé à sa mort 12000 oeuvres d'art réparties dans le monde entier et que, tout au long de sa vie, il ne laissa pas passer un jour sans créer «quelque chose».

Dès l'entrée de l'expo, on remarque d'ailleurs un bronze le représentant et qui montre une force de la nature avec une tête ressemblant un peu à celle de Rodin, ce qui n'est pas peu dire. L'hôtel Arents présente quelques meubles, tapis et orfèvreries réalisés par Brangwyn. Il a traversé les modes de l'Art nouveau et de l'Art déco, et fut marqué par les idées de John Ruskin et par des grandes figures de l'époque comme Mackurdo, Mark Morris et Siegfried Bing (on se souvient de la belle exposition que vient de consacrer à ce sujet le musée des Beaux-Arts de Bruxelles). Grâce à Bing, il se familiarisa avec l'art japonais. On peut découvrir à Bruges de beaux tapis, des meubles rigoureux, des armoires ingénieuses avec des panneaux sculptés et peints. Il réalisa aussi une des premières «Gesametkunstwerk», oeuvre complète à la mode viennoise, pour la maison d'un riche commerçant de Londres. Il aménagea aussi les salles d'exposition de la Biennale de Venise en 1905.

Éclectisme

Comme dessinateur, graveur sur bois et lithos, et comme peintre, sa production est encore plus phénoménale comme ses influences très diverses. Son oeuvre apparaît éminemment éclectique. De très belles gravures de villes, avec des clairs-obscurs puissants, semblent inspirées d'un Piranèse. Il aimait surtout les bateaux ou les décors à moitié en ruines dont il exagérait les hauteurs. Il fut aussi fasciné, dans ses dessins, ses peintures et ses affiches, par le monde du travail, influencé cette fois par un homme comme Constantin Meunier. En 1892, il peignit une très grande oeuvre, «Les pirates», exposée en 1893 au Palais de l'industrie à Paris et qui fit très forte impression par ses couleurs vives, ses violents contrastes entre rouges et bleus. Une oeuvre presque barbare qui choqua de nombreux visiteurs mais qui impressionna vivement Kandinsky.

On retrouve dans ses aquarelles beaucoup de douceur lorsqu'il peint des paysages de ses voyages en Turquie ou en Afrique du Nord, mélangeant souvent les techniques: l'aquarelle à la gouache, le crayon et la craie aux pastels. Cette douceur peut se muer en une grande force expressionniste quand il représente des scènes du chemin de croix ou des paysages industriels. Un de ses tableaux est placé de manière saisissante devant la formidable dernière Cène de Gustave van de Woestyne.

Brangwyn fut une personnalité étonnante qui fit une longue carrière prolifique et connut une forte reconnaissance internationale mais on l'avait un peu perdu de vue.

«Le monde de Frank Brangwyn, l'art et le design à la recherche du modernisme», au musée Groeninge et à l'hôtel Arents jusqu'au 17 septembre, tous les jours sauf lundi, de 9h30 à 17h. Infos: 050.44.87.12.

© La Libre Belgique 2006