Bruxelles en rouge et noir

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts visuels

59 artistes, 84 œuvres contemporaines et modernes, des objets d’art primitif et des antiquités : le rouge n’aura jamais été aussi subtilement mis à toutes les sauces. Et qui plus est, du rouge au noir et du rouge au blanc, les exclusives manquant forcément de piment. Surtout quand, d’une couleur à une autre, il n’est, parfois, qu’une question d’ambiance, de répartie, de complicité. Fil rouge en tout cas garanti à tous les étages.

Dans ce contexte coloré de notes extrêmes, souvent passionnelles, voire cruelles, c’est à un artiste catalan, vivant à New York, Lluis Lleo, qu’échoit le rôle de Monsieur Loyal. Trois collectionneurs invités, marque de fabrique de la maison, lui offrent la réplique avec des œuvres qui, de près ou de loin, s’inscrivent dans un parcours que chacune des chambres des trois étages développe autrement. En lice : peintures, sculptures, céramiques, installations, photographies, aquarelles ou vidéos, auxquelles s’adjoignent quelques coups de cœur des maîtres de céans.

Lieu d’exception privé, la Maison Particulière fait plus que jamais pôle d’attraction (elle n’est pas seule, heureusement) dans une capitale hélas orpheline de musées d’arts moderne et contemporain. Un paradoxe, une histoire belge sans doute, quand Bruxelles semble devenir toujours mieux une plaque tournante des créations actuelles. Estelle et Hervé Francès et leur fondation de Senlis, les Lebard, Benedikt et Christine Van der Vorst sont les collectionneurs prêteurs de la manifestation alors que, autre coutume installée, Annie Mollard-Desfour, linguiste et spécialiste de la "couleur des mots", en est l’invitée littéraire.

Cinquième aventure labellisée Amaury et Myriam de Solages, cette exergue du "Rouge" s’articule autour de ces forces souvent extrêmes que magnifie ou exaspère une couleur qui fait fureur en toute saison de la vie. Rituels à feu et à sang, cris de joie, de terreur, de colère, rouge à couteaux tirés, rouge au front, machines qui rugissent ou rougissent, explosions rougeoyantes : tout cela est au cœur d’une démonstration qui n’en est pas tout à fait une, car elle est d’abord mise en relation d’œuvres parallèles ou extrêmes, d’œuvres qui chantent ou aboient, de passions exacerbées, d’agressions, mais aussi de passions pour le bel objet, voire le temps arrêté sur une couleur qui tranche. Ou sur une simple framboise dans un verre d’eau pure. Passions partagées, tel est l’autre fil rouge d’un ensemble qui surprend par ses belles folies, ses espaces enchantés. "On adore le rouge, on adore l’Espagne", clame une Myriam de Solages qui, avec son mari, a découvert ces pièces émouvantes, inattendues, qu’ils se réservent le privilège de disposer à leur gré dans un espace qui leur ressemble, net, clair, vivant parce qu’on y circule entre l’art des uns et celui des autres.

"Le rouge n’est pas seulement, ici, esthétique. Il symbolise les émotions fortes. Mais il y a aussi beaucoup de noir. Le noir traduit aussi ces émotions." Le rouge et le noir, en effet. D’où double ancrage : la couleur et l’émotion. Avec des œuvres que tout un chacun, élément d’importance, pourrait imaginer avoir chez soi. Un Anish Kapoor tout de rouge frémissant; des Lluis Lleo comme des fresques; une marionnette de rouge et de blanc, d’éponges et de perles, du Brésilien Tunga; des formes gesticulantes de Stephan Balleux; du Serrano qui rougeoie et du Sicilia ensoleillé; petite, grandiose, flambant rouge, une photo surpeinte de Richter Les avant-goûts d’un accrochage qui flambe à tous les étages entre guerres, délires, souffrances, joies folles, rites éternels. Entre rigueur Raynaud et floraison Sherman, entre jeunesse qui s’inquiète, et voici Toguo, et vieillesse attendrie, et voilà Matthys. Des exemples parmi une foule d’autres, divers et surprenants.

Maison Particulière, 49 rue du Châtelain, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 16 décembre, du mardi au dimanche (nouvel horaire), sauf mercredi, de 11 à 18h, le jeudi jusqu’à 19h30. Infos : 02.649.81.78 et www.maisonparticuliere.be

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