Arts et Expos Envoyé spécial à Cotonou

Vous auriez dû les voir arriver tous ensemble, en rangs serrés, "embouboutés", colorés et luxuriants sous leurs parures de cérémonie exceptionnelle ! Vous auriez dû les voir tous et chacun en particulier, impatients de se reconnaître sur leurs portraits géants tirés sur toile et présentés de façon digne et exemplaire dans les tout nouveaux locaux d'une Fondation Zinsou qui, à Cotonou, a confié des lettres de noblesse inédites à la création artistique africaine, traditionnelle et contemporaine ! Recensés à 57 dans le grand livre des mérites d'une confrérie de sages et de prêtres d'une religion demeurée essentielle au Bénin.

Des cultes vivants

Ils étaient tous là et fiers d'y être quand, comme le soulignait l'un d'eux dans l'émouvant message d'accueil, le photographe belge était le tout premier "à leur avoir rendu leur dignité, quand tant de missionnaires n'avaient eu d'autre but que les exterminer !" Et le rapporteur d'ajouter : "Cela, seul un Blanc pouvait nous en faire le cadeau !" Ils le lui ont bien rendu. Digne, la fête fut enjouée, exemplaire, chacun y allant de ses histoires, de ses souvenirs, de sa foi en la valeur ancestrale de rites inviolés, nonobstant les tentatives d'inquisitions si sûres d'elles qu'elles se prirent la queue dans de lamentables contradictions. La Foi n'est-elle pas une affaire d'hommes plus que d'églises ! Empanachés pour la cause d'une fête comme ils n'en espéraient plus, les représentants élus du vodou béninois se laissèrent photographier, approcher, ont fraternisé les uns avec les autres, et les autres avec nous, qui étions quelque part des intrus. Ils nous ont invités à les rencontrer chez eux, dans leur lieu du culte, à participer, chez l'un d'eux, à une de leurs offrandes. La sérénité, la confiance de ces gens, simples et touchants, la profondeur de leurs chants, la vérité des rythmes d'une séance qui mêlait petits et grands dans un même regard face au destin : inoubliable ! On nous assura que tout, pour nous, irait bien, que longue vie nous était garantie...

Photos grandeur nature

Qu'on y croie, ou qu'on n'y croie pas, l'important n'est pas là, il est dans cet échange d'énergies positives, de sourires généreux, de complicités moins illusoires que d'aucuns le croient. Les photos et l'exposition - auxquelles il nous faut bien ajouter le livre qui les condense, déjà paru à Cotonou, avec ses 114 photos pleine page des vodounons (grands prêtres) et de leurs vodouns (autels sacrés), et qui paraîtra en septembre chez nous, sous label Cinq Continents - ont rendu leur dignité perdue à des hommes et des femmes qui dispensent la bonne parole au même titre que tant d'autres obédiences à travers le monde. Ceux-ci, différence sensible, sont proches des gens, vivent parmi eux, ne prêchent ni la guerre, ni la révolte, ni la suffisance et la priorité des cultes, ils prônent un avenir meilleur qu'un présent souvent trop pauvre.

Burton a tiré leurs portraits grandeur nature. Parmi eux, une quinzaine de femmes, la plupart mami wata - souvent représentées avec leur corps de sirène, le peigne et le miroir. Tous en charge d'en référer à la divinité primordiale pour que le monde soit tel qu'il fut créé. Le "vodounon" est, en quelque sorte, le maître de l'acte créateur. Il est celui qui comprend pour croire, il est le maître de la parole vivante. Ceci avancé en marchant sur des oeufs, car, pour plus de détails, nous vous conseillons la lecture d'ouvrages référentiels et ils existent. Le grand mérite de Jean-Dominique Burton : avoir tenté une approche de leur spiritualité et d'une tradition toutes deux sorties confortées des adversités auxquelles elles eurent à faire face. En les photographiant, chacun, en un "chez lui" qui concentre ses forces par rapport aux éléments universels (fer, eau, air et terre), régissant la création, il les a "saisis" dans leur vérité quasi charismatique. Et l'on croise leurs étonnantes diversités : les uns simplement dignes, d'autres conscients d'un pouvoir, les troisièmes attachés à leurs insignes, les derniers plus à nu.

Cinquante-sept personnalités fortes nous toisent de face et leurs regards nous parlent une langue que nous approcherons à force d'humilité. Ces portraits sont tous réalisés en noir et blanc, ce qui en conforte la puissance évocatrice.

Par contre, pour le rendu des autels chargés d'objets rituels, de matières vivantes et sacrées, l'artiste a choisi la couleur, symbole de vie et de réalité. La mise en scène, dans le double espace de la salle d'exposition et du livre, est impressionnante.

Au-delà des rites invoqués, au-delà de la force dégagée, c'est l'oeuvre d'art qui parle sa propre langue, elle aussi universelle. L'installation de Burton - car il s'agit bien d'une installation photographique en 114 numéros - s'inscrit ainsi dans notre espace visuel et mental en valeur ajoutée à tout ce que nous connaissions jusqu'ici. Celle-ci rejoint nos propres quêtes existentielles. La Fondation Zinsou a visé juste. Dans un pays encore peu ouvert à l'art - bien qu'y vivent et travaillent d'excellents artistes, d'Hazoumé à Fadairo ou Zinkpe, en tête de liste -, elle a directement placé la barre au sommet et ça marche ! En deux ans, entrée gratuite à tous à l'appui de sa mission didactique, elle a accueilli plus de 700 000 visiteurs, dont quatre cinquièmes d'enfants, lesquels attirent déjà leurs parents... Prochaine exposition : Jean-Michel Basquiat. Cette Fondation est unique en son genre en Afrique francophone.

Fondation Zinsou, Quartier Ganhi, Cotonou (Bénin). Jusqu'au 2 septembre, tous les jours, de 10 à 19h. Infos : 00.229.97.97.27.09 et www.fondation-zinsou.org