Arts et Expos

L’homme était heureux comme un pape, qui n’aurait ni mitre ni crosse. Nu. Un premier Prix dans une vie vouée à la création sans filet, c’est quand même quelque chose, pardi ! Et comment rêver meilleur écrin que le site de Rouge-Cloître pour le plain-chant de cet homme que l’art aura, depuis plus d’un demi-siècle, mené sans cesse au bout de lui-même !

Meilleur écrin, oui, quand le printemps s’en mêle pour qu’adossé à la forêt proche, l’univers de Camille De Taeye lui serve, juste retour des choses, de cri du cœur bien de saison. La vie qui renaît pousse à la création. L’artiste a connu toutes les saisons de la vie, mais il est resté debout, tels ces chênes et hêtres d’alentour. Fiers et droits. Comme eux, il s’est battu contre vents et marées, sa vie s’étant arc-boutée aux rênes du destin. Farouchement. La chevelure et l’œil en bataille, la main généreuse.

Provocateur et chaleureux. Camille De Taeye s’est toujours situé en dehors des sentiers battus. Sa vision politique de la vie. Hors cénacles. Homme de liberté, libertaire et frondeur, De Taeye a réagi à sa propre vie avec la grandeur d’âme des désespérés, ces hommes pour qui tout est combat. D’où son art et une peinture, des dessins, des objets, souvent tranchants, régulièrement acides, qui en portent des stigmates. Stigmates en sourdine, en retrait, en transparence en quelque sorte. Le combat de l’homme qui peint est d’abord et essentiellement la peinture. Un "mano a mano" quotidien. Son jeu du miroir et sa participation au monde. D’où l’intérêt, la saveur d’une rétrospective d’artiste, parcours et cheminement.

Réputé, adulé, apprécié par ses pairs, De Taeye a connu la reconnaissance d’une première rétrospective au Botanique. Eh bien, celle-ci nous plaît davantage, car davantage panoramique. Plus aérée, mieux équilibrée entre les périodes, moins répétitive sans doute. On y découvre de belles inconnues de parcours, tels une "Nature morte" de 1959, un "Carrousel végétal" de 1962, des nus de la même année et un "Sens interdit " de 64 qui aurait pu agir en mobile créatif, De Taeye n’aimant rien tant que désobéir à toute autorité.

Les années septante aussi apportent leur lot de découvertes avec des audaces de couleurs et d’agencements. Comme quand, avec "Factorielle 24", il composa une suite de douze tableautins réversibles et interchangeables à l’envi. Et puis, la palette s’est trouvée plus à son aise avec elle-même, s’est implantée telle qu’un de Taeye se reconnaît de loin. Avec ses paysages étonnants, fantastiques, avec ses objets rapportés qui tranchent dans le vif et perturbent la vision de symboles à déchiffrer. Lesquels participent autant de la peinture que de la vie. Du De Taeye en sol majeur. N’oublions pas quelques "Autoportrait". De Taeye grandeur nature.

Centre d’Art de Rouge-Cloître, 4, rue de Rouge-Cloître, 1160 Bruxelles. Jusqu’au 27 mai, du mardi au jeudi et les samedis et dimanches de 14 à 17h. Infos : 02.660.55.97 et www.rouge-cloitre.be