Arts et Expos

En 2014, chaque habitant de l'Union européenne a produit en moyenne 475 kg de déchets municipaux. Pour ouvrir les yeux des citoyens, une image peut suffire, plus parfois que les chiffres. C'est le cas du travail d'Antoine Repessé. Ce photographe français indépendant de 37 ans basé à Lille a collecté des déchets pendant quatre ans pour en faire une série photographique qui a fait le tour du monde. Jusqu'en Belgique. Entretien.

© ANTOINE REPESSE

Comment est née l'idée de ce travail autour des déchets ?

En fait, moi je ne cuisine pas donc j'achète des plats préparés et je me suis rendu compte que c'était un coup assez énorme à la fois à l'achat mais aussi au moment où tu mets tes déchets dans ta poubelle car il faut des gens pour les collecter, les trier, les valoriser. J'ai pris le parti de me dire que ce serait intéressant de les collecter et de mettre tout ça en scène car, finalement, on nous dit qu'on génère des quantités astronomiques d'emballage mais on n'est, en fait, jamais confrontés à ce qu'on peut générer sur la durée.

© ANTOINE REPESSE

Quelle quantité de déchets avez-vous collectée ?

J'ai collecté environ 70 m³ de déchets. Ca représente environ 800 kilos de journaux, 5.000 paquets de clopes, 1.100 bouteilles de lait, 1.800 briques de lait, 4.800 rouleaux de papier toilette... Mais, pour moi, l'idée n'était pas d'être dans un truc ultra-scientifique car j'ai stocké aussi les déchets de mes amis. L'idée de ce projet c'était plutôt d'avoir une image qui soit interpellante. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai mis ces personnages au milieu des ordures pour les mettre face à la densité de déchets qu'ils génèrent.

© ANTOINE REPESSE


"J'ai vécu un peu capitonné dans mes propres déchets"

Où entreposiez-vous ces déchets ?

J'ai tout stocké chez moi le temps de faire ce projet qui devait durer un an et qui s'est finalement prolongé quatre années car j'avais beaucoup de projets en même temps. J'ai stocké ces déchets chez moi, dans les moindres recoins, des pièces ont été condamnées et totalement dédiées au stockage. Dans ma chambre, j'avais par exemple entreposé des paquets de cigarettes et des rouleaux de papier toilette. J'ai vécu un peu capitonné dans mes propres déchets. C'était en quelque sorte un rite initiatique... Chaque type de déchets était isolé, c'était un parti pris aussi de ne pas tout mélanger. Qu'on identifie bien le déchet en question. Que ça serve le côté impactant de l'image.

© ANTOINE REPESSE

© ANTOINE REPESSE

On sensibilise beaucoup sur l'impact écologique que l'on peut avoir au quotidien. A l'ère du numérique et de l'image, une photo a sans doute plus d'impact. C'est votre avis ?

Quand tu lis un texte, l'impact n'est pas du tout le même. J'ai des retours assez hallucinants. Ca a fait le tour du monde. Des gens qui m'écrivent des pays arabes, d'Azerbaïdjan, des USA de Chine, du Japon, de Taïwan pour me dire merci, qu'ils ne se rendaient pas compte de la quantité de déchets générés. Ca les fait réagir.

© ANTOINE REPESSE


"Pas pour faire le buzz"

Vous vous attendiez à ce que votre série tourne autant ?

Franchement, je n'avais jamais expérimenté le buzz. Je ne m'attendais pas à un tel engouement. Je bosse sur des choses qui me paraissent être importantes, actuelles mais je ne peux pas faire mes images en me disant que ça va faire le tour du monde. Tout d'abord, ce serait prétentieux et de deux ce serait la meilleure façon de ne pas y arriver. Ca tient à peu de choses. Il y a plein de gens qui produisent des choses aussi intéressantes et que ne sont pas diffusées avec la même intensité. Mes photos n'ont pas été prises pour faire le buzz mais pour porter un message.

© ANTOINE REPESSE

Le travail d'Antoine Repessé est actuellement exposé à la maison du Zéro déchet à Paris et du 18 au 26 novembre à Lille lors de la semaine européenne de la réduction des déchets.