Ce regard qui déshabille

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts visuels Envoyé spécial à Londres

La National Gallery nous a habitués à tant de belles expositions que celle-ci apparaît fort courte. Le thème choisi est pourtant très riche : le Titien et le regard désirant. Le musée démarre avec trois beaux Titien de sa collection sur les métamorphoses d’Ovide et la légende de Diane et Actéon : Diane, nue, prend son bain, entourée d’une foule de corps nus et sensuels. Actéon passant par là soulève le rideau rouge sans le vouloir et découvre la nudité de Diane. Furieuse, celle-ci le transforme en cerf afin qu’il soit mangé par sa propre meute de chiens. Une histoire terrible sur le regard désirant, la sensualité, le regard de l’homme sur la femme, la punition des dieux.

Les dernières sculptures et dessins de Berlinde De Bruyckere exposées au musée De Pont à Tilburg portent précisément sur cette métamorphose et on voit ce corps se transformant peu à peu en cerf. Le désir peut tuer. Le regard peut blesser. Une réflexion intéressante à l’heure des caméras omniprésentes, de la presse people, du resserrement de la sphère intime, du dévoilement comme règle.

La National Gallery a demandé à trois artistes anglais actuels de créer des œuvres que le musée expose à côté des Titien. Il publie aussi un recueil de poèmes nouveaux sur ce thème et a commandé à sept chorégraphes une soirée sur ce sujet au Royal Ballet (elle s’est déroulée le 16 juillet). Nous n’avons pas vu ce ballet (à la National Gallery, on projette juste un film des répétitions), mais les œuvres exposées sont plutôt maigres.

La plus drôle est celle de Mark Wallinger (artiste conceptuel né en 1959, prix Turner en 2007). Au milieu d’une salle plongée dans le noir, il a placé une cabine avec une porte et une fenêtre occultées par des persiennes opaques. Une lumière filtre de l’intérieur. En regardant par le trou de la serrure ou à travers le faible espace entre deux lamelles des stores, on entraperçoit qu’il s’agit d’une salle de bain avec une femme nue dans son bain (une vraie, elles sont plusieurs à se relayer pour ce rôle). Le public fait la file pour voir la fille. Il devient le voyeur, l’œil d’Actéon. Cette œuvre est intitulée "Diana", comme Diane mais aussi comme Lady Diana, celle qui a souffert toute sa vie de ce regard omniprésent et impudique.

A côté de cela, les grandes peintures fortement colorées de Chris Ofili n’impressionnent guère. On aime mieux la curieuse machine de Conrad Shawcross (né en 1977), un artiste qui utilise la science et la technologie pour imaginer d’étonnants robots désirants. Un bras articulé avec au bout une lampe dessine voluptueusement des mouvements autour d’un bois sculpté. Troublant. Mais au total, c’est un peu court pour faire une expo convaincante, toutefois l’entrée est gratuite.

"Titian 2012", National Gallery, jusqu’au 23 septembre

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