Arts et Expos

Comme aucune exposition n’était programmée cette fin d’année au musée des Beaux-Arts de Bruxelles, Michel Draguet, son directeur, en a profité pour monter une exposition très personnelle, comme un manifeste artistique et politique, voire un « testament », au moment où les interrogations demeurent : Quel sera l’avenir de nos musées, et en particulier celui du musée d’Art moderne fermé depuis 2011 pour permettre la création du Musée fin de siècle ? La mise en place annoncée de «clusters» des musées va-t-elle mettre fin aux mandats actuels de directeurs ? Michel Draguet, fort critiqué par la secrétaire d’Etat à la Politique scientifique Elke Seurs (N-VA), risque-t-il bien de ne pas voir son mandat renouvelé l’été prochain ?

Comme c’est sur l’Art moderne que Michel Draguet est mis sur la sellette, il a pris ce thème pour cette expo intitulée « Moderniteit à la belge » et qui présente essentiellement des oeuvres belges du musée actuellement, souvent, en réserves, accompagnées de quelques prêts et oeuvres d’artistes étrangers.

L’expo parcourt tout le XXe siècle de l’art belge par thèmes (résistance au moderne, figures fauves et expressionnistes, avant-garde et arrière-garde, etc. Rops, Permeke, Ensor, Delvaux, etc.).

On y retrouve peu de Magritte, Ensor et Alechinsky car Magritte a son musée, Ensor sa grande salle au « Fin de Siècle » et Alechinsky s’expose actuellement au Japon. Mais même sans cela, la collection du musée a de nombreux « trous » en particulier dans l’art contemporain où depuis longtemps le musée n’a plus pu vraiment investir vraiment. On ne voit pas par exemple, à l’expo, Michel François, Ann Veronica Janssens ou Michael Borremans. Un Tuymans, un Claerbout, un De Cordier, un Delvoye, beaux au demeurant, viennent juste mettre un contre-point contemporain.

© Shadow Piece 2005 © MRBAB, Bruxelles

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On peut discuter à l’infini des rapprochements faits (il est audacieux de placer côte à côte van Hoeydonck et Broodthaers) ou de la thèse avancée par Michel Draguet qui conclut à propos de l’art belge (mais déjà le concept d’art belge est discutable) à une « altermodernité » : « L’Art belge n’appartient pas, dit-il, à la modernité des avant-gardes historiques. Ironique et critique, il a installé dès la fin de siècle une forme de distance à l’égard d’un dynamisme linéaire et univoque qui s’est parfois perdue en autoritarisme sinon en fascisme ».

Cette exposition très personnelle est aussi politique. Michel Draguet innove en invitant tous ceux qui le souhaitent à l’interpeler via son nouveau compte Twitter ((@draguetmichel) et s’engage à répondre. Il voit surtout dans cette expo, une esquisse de ce que pourrait être, selon lui, un musée d’Art moderne.

Il est paradoxal d’agir ainsi alors qu’il est à la base de la fermeture du musée en 2011 ! Mais il rappelle qu’il l’avait annoncé dans le cadre d’un redéploiement futur des collections et que, depuis, il avait obtenu du gouvernement précédent de pouvoir reprendre le bâtiment Vanderborght près de la Grand place de Bruxelles et d’y placer le musée d’Art moderne sur plus de 10000 m2. Cet espoir n’existe plus. Elke Sleurs a refusé cette option, d’ailleurs très discutée, et veut que le musée rouvre dans les « extensions » du musée d’Art ancien, fermées depuis 15 ans pour désamiantage. Mais ces salles n’offriraient que 2500 m2, soit très peu comme le démontre (c’est un des buts) cette expo qui occupe 1800 m2, loin d’être suffisants. Et de plus, les travaux d’aménagement n’ont toujours pas commencé.

Michel Draguet présentant son expo a cité plusieurs fois, le Centre Pompidou qui a annoncé sa venue en 2020 au Citroën. Comme pour rappeler que face à cette venue de poids, la réouverture du musée d’Art moderne est une priorité. Il termine son expo par un clin d’oeil : la belle vidéo de David Claerbout « Shadow Piece » (2005) où l’on voit des passants se heurter à une porte close. Celle du musée ?


--> « Moderniteit à la belge », Musée des Beaux-Arts, Bruxelles, jusqu’au 22 janvier.