Arts et Expos

Chaque année, les photos du World Press viennent nous rappeler que la notion de photojournalisme peut recouvrir des pratiques très diverses. Communément, le public identifie celui-ci à une illustration des événements de l’actualité. Gratifiée du Prix de la photo de l’année 2018 lors de ce concours prestigieux, l’image spectaculaire d’un manifestant en flamme lors d’affrontements à Caracas prise par Ronaldo Schemidt de l’Agence France-Presse correspond tout à fait à cette vision restreinte du métier. Or, le World Press lui-même ne se cantonne pas à mettre en valeurs ces scoops visuels. Nombre de prix récompensent en effet des reportages entiers qui ont été réalisés sur de longues durées.

Repères

Visa pour l’image, le festival mondial du photojournalisme à Perpignan qui débute ce dimanche, va exposer cette année 25 de ces travaux au long cours que l’on qualifie généralement de “documentaires” pour les distinguer du tout venant de l’actualité chaude. Autant de reportages dans la lignée des essais pour “Life” du grand Eugene Smith qui, au fil des ans, ont de plus en plus de mal à trouver des supports de diffusions. Autant de récits de haute volée­ dont la longueur permet la nuance et qui peinent à trouver leur place dans un univers médiatique frénétique.

Cette transformation profonde de la presse visuelle a d’ailleurs été suivie et commentée par Visa au fil de ses trente années d’existence. En ce compris l’apparition de nouveaux débouchés sur le Net, tels les webdoc dont Samuel Bollendorff fut un pionnier. On retrouvera d’ailleurs un sujet de ce photographe aux cimaises à Perpignan avec un tour du monde des zones rendues impropres au développement humain par les industries chimiques, minières ou nucléaires. Intitulé “Contaminations” il est de ces reportages qui font de leurs auteurs les lanceurs d’alerte de notre monde chaotique. Ce qui est le cas de pas mal de ceux que l’on verra lors de cette édition-ci et notamment “Rivières blessées”, un sujet de notre compatriote Gaël Turine sur les cinq rivières poubelles de Dhaka. Ou celui d’Edgard Garrido sur les migrants d’Amérique centrale. Ou bien encore ceux de Kevin Frayer et de Paula Bronstein sur l’exode des Rohingyas.

Comment ne pas citer également le nouveau récit en images d’Olivier Jobard sur cet enfant de 12 ans arrivé à Paris en 2010, seul, après parcouru plus de 12 000 km depuis l’Afghanistan. Un enfant dont le photographe a suivi le parcours durant 8 ans jusqu’à ce qu’il décide d’aller retrouver sa mère qui, il l’a compris avec le temps, avait été forcée de l’abandonner. Tout cela nous est raconté avec des images qui, comme celles des autres reportages, nous touchent. Ce dont en cartésiens on aurait tendance à se méfier, mais c’est une de leurs raison d’être. Une autre étant, à travers cette émotion, de faire de nous des citoyens mieux informés, avec quelques repères dans un monde qui en manque tant.


Quelques photos:

© Ronaldo Schemidt | AFP

Caracas, Vene-zuela, 3 mai 2017. José Víctor Salazar Balza (28 ans) en flammes lors d’affrontements entre la police anti-émeute et des manifestants opposés au président Nicolas Maduro. L’image de Ronaldo Schemidt qui a remporté le “World Press Photo of the Year”.



© Olivier Jobard

“Ce n’est ni de sa faute, ni de la mienne. C’était notre destin.” dit Ghorban dont on apprend par le reportage d’Olivier Jobard que ce sont les hommes de la famille qui ont forcé sa mère à l’abandonner huit ans plus tôt. Lal-wa-Sarjangal, Afghanistan, juillet 2017.



© Samuel Bollendorff

En 2015, le barrage de rétention des déchets miniers de l’entreprise Samarco s’est rompu, déversant dans le Rio Doce, le cinquième fleuve du Brésil, l’équivalent de 187 pétroliers de boues toxiques. On en voit encore les traces sur cette image de Samuel Bollendorff. Aujourd’hui le “fleuve doux” a changé de nom. On l’appelle désormais le fleuve mort.



© Edgard Garrido

Une caravane de migrants d’Amérique centrale traverse le Mexique dans le wagon ouvert d’un train de marchandises qu’ils ont pu arrêter. Un récit visuel d’Edgard Garrido. Michoacan, Mexique, 17 avril 2018.