Arts et Expos

S i j'ai utilisé le déchet au départ, c'est que j'étais dans la merde... La noblesse, ce n'est pas le matériau, c'est ce qu'on met dedans».

Issu d'un milieu modeste, César Baldaccini est né à Marseille en 1921. Il est mort à Paris le 6 décembre 1998. Toute sa vie, il aura promené son personnage truculent façonné sur le zinc du bistrot marseillais de son père. Toute sa vie aussi, il aura déjoué les appropriations de férus d'art qui voyaient en lui un philosophe de la création, assimilant un peu vite son goût de la provocation aux revendications socio-culturelles des adeptes du concept avant tout. César fut, au contraire, un génial artisan capable de muer en art tout ce qui lui avait sauté aux yeux avec l'évidence de l'appropriation spontanée. Intelligent, se refusant à tout intellectualisme, il a fait siennes des audaces le plus souvent émergées sur le tas, sans a priori, parce qu'elles lui semblaient indispensables à cet instant-là. Montée autour d'un ensemble dominant d'oeuvres de César en provenance de la collection de son ami de toujours, le photographe niçois Jean Ferrero, et de quelques prêts divers, au rang desquels trois étonnantes marionnettes en bronze de 1971 d'une collection belge, l'exposition du Botanique s'avère résolument attrayante, et souvent même émouvante, parce qu'on y découvre un César en marge de ses sculptures les plus reproduites. En marge des qualifications tapageuses accolées à sa créativité.

Bien sûr, il fut l'un des Nouveaux Réalistes chers à Restany. Et il connut le succès avec ses «Compressions», ses «Expansions», son «Pouce» et son «Sein» monumentaux. Mais le bonheur est tellement plus grand de découvrir ici qu'il fut avant tout un magnifique dessinateur, doublé d'un bricoleur de génie.

Fer, plâtre, bronze,...

Un peu partout, des photos de César posant avec jubilation coiffé de galurins en tous genres, du bonnet phrygien au fez turc comme au képi républicain, connotent l'accrochage d'une saveur qui colle bien au personnage.

Volontiers cabotin, César savait y faire pour réjouir le Tout-Paris oisif avide d'idoles. Revanche savoureuse de l'ancien démuni admis dans la cour des grands sur des malentendus. Car le César qui plaît aux foules n'est sans doute pas celui qui se plaisait d'abord à lui-même. Le César sculpteur a confié à l'histoire de l'art des chefs-d'oeuvre, de la «Vénus de Villetaneuse» au «Centaure» en hommage à Picasso. Or, s'il fut un sculpteur avant d'être un amuseur aux trouvailles plus ou moins excentriques, pas toujours d'ailleurs dénuées d'attraits, ses dessins comme ses objets, cartes de visite plus confidentielles, témoignent ici de l'étendue de son talent. Une dizaine d'études du «Centaure», des portraits et des autoportraits surgis d'un magma de traits, des oiseaux, des chats, des échassiers... Son écriture nerveuse s'affirme tout en volumes.

Ailleurs, quelques «compressions» plus attentives, compressions de cartons, de cartouches, de papiers; quelques «combustions» de pochettes d'allumettes, de bougies; des «collages» de poupées de caoutchouc notamment, très tendres et si sympathiques. Cette surprenante et belle exposition nous dévoile la face plus cachée d'un artiste mal connu. Un César poétique, enfantin, espiègle, généreux.

Le Botanique, 236 rue Royale, Bruxelles (02.218.37.32 et www.botanique.be). Jusqu'au 27 mars, du ma. au dim. de 11 à 18h.

© La Libre Belgique 2005