Chassepierre, success story d’un effet secondaire

Entretien de Samuel Hoste Publié le - Mis à jour le

Arts visuels Créé au départ pour protester contre la construction d’un barrage qui aurait englouti le petit village de Chassepierre, le festival des arts de la rue a survécu à l’abandon du projet hydroélectrique. Alain Schmitz, programmateur du festival depuis 38 ans - depuis toujours pourrait-on dire - a accepté de livrer ses réflexions sur ses particularités et son exceptionnelle longévité.



Comment pourrait-on définir les arts de la rue ?  

Pendant longtemps les arts de la rue ont été considérés comme de l’animation et non comme de la culture à part entière. L’image du cracheur de feu qui anime les braderies a dominé la représentation qu’on s’en faisait. Or, nous sommes aujourd’hui très loin de ce temps-là, des choses se sont mises en place d’un point de vue scénographique, scénaristique, etc. La différence majeure avec les arts de la salle c’est que le public est partie prenante dans les arts de la rue. On pourrait même dire qu’il est un partenaire des comédiens. D’où la grande place laissée à l’improvisation.  

Quelle est votre politique de programmation pour Chassepierre ?  

Je fonctionne à l’émotion mais pas uniquement. En tant que programmateur, il ne faut pas uniquement faire des choses qui nous plaisent à nous, il faut se mettre dans la peau des différents spectateurs. Quels sont les imaginaires des différents publics ? Est-ce que ce spectacle va parler à l’imaginaire d’un enfant, d’un adulte ? Ce sont les questions que je me pose quand je choisis les différents spectacles. Au niveau des arts de la rue il n’y a pas de vedette, on doit fidéliser le public qui nous fait confiance en créant un univers dans lequel il vient se perdre pour découvrir des choses, pour être surpris aussi. Il faut que le public sache que, même s’il n’aimera pas forcément tout, il va y trouver des spectacles qui lui apporteront un moment d’émerveillement ou de réflexion… Cette année est un peu particulière vu que nous fêtons nos quarante ans. La programmation tourne autour des différents coups de cœur qui ont marqué les éditions précédentes.  

Y a-t-il d’autres festivals en Europe qui ont la même ligne que la vôtre ?  

Il y a une série de festivals qui se posent les mêmes questions que nous au niveau de leur programmation, je pense notamment à Chalon-sur-Saône ou Aurillac. Mais chaque festival est différent, car cela dépend des circonstances : un spectacle de rue à la ville ou à la campagne ne donnera pas la même chose. En milieu urbain, il sera, par exemple, possible d’utiliser la circulation automobile pour créer quelque chose d’inattendu, alors qu’à la campagne, ce sera peut-être le paysage qui sera partie intégrante d’une prestation.  

Qu’est-ce qui, selon vous, fait la spécificité du festival de Chassepierre ?  

La spécificité de Chassepierre a toujours été d’accueillir des artistes de différents pays, par rapport à d’autres festivals, nous avons une manière d’appréhender les cultures qui nous est propre. C’est une richesse au niveau des arts de la rue parce que, au départ d’un matériau identique, des artistes différents peuvent travailler différemment. L’imaginaire de chaque artiste joue une grande part dans leur création et c’est là qu’on voit toute la diversité et la richesse des cultures. Tous les spectacles ne dépendent pas d’un langage, parfois ils utilisent un langage universel parce que visuel ou non langagier. Chassepierre c’est aussi le plus ancien festival des arts de la rue en Europe qui soit toujours en fonctionnement. Si il y a des festivals qui ne résistent pas dans le temps ce n’est pas toujours une question pécuniaire, parfois c’est aussi une question de choix, d’organisation, d’absence de réponse du public, etc.  

Justement, que reste-t-il de la mobilisation citoyenne des débuts ?  

Il n’aurait pas été possible de tenir quarante ans sans avoir été porté par la mobilisation générale de tout un village - de toute une région même - autour de ce festival. Vous savez, le plus beau moment de Chassepierre c’est juste avant le festival. Quand les villageois s’activent et s’apprêtent à accueillir les artistes. D’ailleurs, certains en hébergent même chez eux ! En ce qui concerne les artistes, je pense que c’est le propre d’un artiste d’être engagé, de garder les consciences éveillées, mais également d’offrir du rêve, de montrer que dans notre monde il est parfois bon de rêver encore…


Festival des arts de la rue de Chassepierre les 17 et 18/8. Tickets de 8 à 29 €. Infos : www.chassepierre.be

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