Arts et Expos

Il sera un mixte entre un centre d’art (une Kunsthalle) et un musée pouvant puiser dans les 65000 œuvres du Pompidou-Beaubourg. La surface des salles et la hauteur exceptionnelle de certaines parties (20 m de haut) permettront d’y montrer de très grandes installations. L’exposition d’ouverture (jusqu’au 25 octobre) occupe tout l’espace, sous le titre excitant de "Chefs-d’œuvre ?" (le "?" est ici primordial). Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? Comment cette notion a-t-elle évolué ?

Dans ce titre, il y a d’abord "chefs-d’œuvre" car la "maison mère" (Pompidou Beaubourg), n’a pas été avare : elle a prêté à Metz d’innombrables chefs-d’œuvre, de Bonnard à Picasso, de Duchamp à Kandinsky, de Martial Raysse à Yves Klein ou Calder, jusqu’aux plus contemporains. L’exposition est une véritable histoire de l’art du XXe siècle, mais présentée non pas chronologiquement mais selon des lignes de force originales. Et le "?" est là, car l’exposition foisonnante, interroge aussi l’histoire du goût : pourquoi telle œuvre fut-elle appelée chef-d’œuvre avant d’être oubliée ? Pourquoi les avant-gardes choquèrent-elles avant de devenir des "chefs-d’œuvre"?

Le parcours se termine avec humour : devant la grande fenêtre donnant sur la cathédrale de Metz, un seau de femme de ménage, sa brosse et cet écriteau griffonné : "La Joconde est dans l’escalier" (œuvre de Robert Filliou). Avant cela, l’écrivain Charles Dantzig avait écrit : "Il existe des chefs-d’œuvre médiocres."

Il y a plus de 800 œuvres (art surtout, mais aussi design, photo, arts populaires et premiers, architecture) sur quatre niveaux. Sept cent viennent de Beaubourg et pour le reste, ce sont souvent des prêts par de grands musées en guise "de cadeau de bienvenue au Pompidou-Metz". Si elle se base essentiellement sur l’art du XXe siècle, l’expo débute par un labyrinthe parcourant les "chefs-d’œuvre dans l’histoire" depuis l’orfèvrerie du Moyen Age jusqu’aux primitifs du XXe siècle, mêlés autant à Picasso qu’à Rodin. Une suite de "cabinets à thème" se terminant par le triptyque de Miro si bien intitulé : "Ceci est la couleur de mes rêves". A l’étage supérieur, défilent les chefs-d’œuvre du XXe siècle, avec toutes les avant-gardes. La suite s’ouvre sur une superbe installation de Penone pour s’achever sur "Precious liquid", la "maison de verres" de Louise Bourgeois. Chaque étage a sa muséographie. La galerie 2 est intitulée "Rêves de chefs-d’œuvre" et propose une galerie d’œuvres majeures sans explications, celles-ci étant derrière un mur, accompagnées de films explicatifs d’époque. Et de l’autre côté, on montre avec des maquettes et des films, l’histoire des musées français, jusqu’aux futurs Louvre de Lens et Mucem de Marseille de Rudy Ricciotti.

Le dernier étage s’interroge de manière plus incisive sur les chefs-d’œuvre aujourd’hui, après Duchamp et Broodthaers, à l’aune de la reproduction, du ready made, des photos et de l’irruption des arts premiers. Le "?" reste toujours de mise, par définition. Et heureusement, car le chef-d’œuvre doit rester insaisissable et impossible à définir.