Chéreau : "L'avenir c'est du désir, pas de la peur"
Patrice Chéreau est un des plus grands metteurs en scène de théâtre et d'opéra, réalisateur et scénariste de cinéma. Il est le "grand invité du Louvre" cet automne jusqu'au 31 janvier. Son programme, intitulé "Les visages et les corps", est fait d'expositions, de théâtre, de danse, de lecture, de musique et de cinéma.
- Publié le 17-11-2010 à 04h16
- Mis à jour le 17-11-2010 à 09h32

Envoyé spécial à Paris Patrice Chéreau est un des plus grands metteurs en scène de théâtre et d'opéra, réalisateur et scénariste de cinéma. Il est le "grand invité du Louvre" cet automne jusqu'au 31 janvier. Son programme, intitulé "Les visages et les corps", est fait d'expositions, de théâtre, de danse, de lecture, de musique et de cinéma. Le tout est conçu comme une œuvre unique : "Patrice Chéreau au Louvre".
Il a créé "Rêve d'automne" de John Fosse au milieu du Louvre avec Valeria Bruni-Tedeschi et Pascal Greggory. Il a lu le terrible "Coma" de Guyotat (Chéreau aime lire de grands textes comme "La légende du grand inquisiteur" de Dostoïevski ou "La douleur" de Duras avec Dominique Blanc). En danse, il a demandé à son complice, le chorégraphe Thierry Thieû Niang, de créer un spectacle dans les salles du Louvre avec des danseurs de tous âges et toutes origines.
Mais au Louvre, c'est bien entendu la peinture qui prime. Patrice Chéreau a toujours été fasciné par celle-ci. Il est le fils cadet d'un couple de peintres qui l'ont régulièrement emmené voir des expositions quand il était enfant; "Je pensais alors, je le pense toujours un peu, que la peinture est un art supérieur au théâtre parce qu'elle est le lieu d'un combat totalement solitaire, c'est ce que je voyais chez mon père", explique-t-il dans le magnifique livre qu'il écrit à l'occasion de son invitation au Louvre ("Les visages et les corps", Skira Flammarion). Il y parle de ce "conflit qu'on peut vivre devant des tableaux dont on sait qu'on ne les fera jamais (sans me comparer, le combat mené par Bacon toute sa vie pour s'approcher si peu que ce soit d'un tableau de Vélasquez), tourné que j'ai été dès le début vers un art plus narratif, plus collectif à coup sûr, vulgaire parfois (le cinéma), mais où je m'épanouis en racontant des histoires en mouvement".
Le Louvre lui a permis de réaliser un rêve fou : réunir, dans une salle, une quarantaine de ses tableaux préférés, quels qu'ils soient. Il a rendu visible "ce que chaque visiteur fait peut-être en secret, cette façon de relier les œuvres d'art à ses propres émotions, à ses souvenirs les plus intimes". Tous ont à voir avec le corps et le visage, donc, pas d'abstraction ou de paysages, mais des chefs-d'œuvre alignés comme le "Bethsabée au bain tenant la lettre de David" de Rembrandt, "L'origine du monde" de Courbet, "Le boxeur" de Bonnard (notre photo), "L'homme au gant" du Titien, "L'étreinte" de Picasso, l'"Autoportrait" du Tintoret, "Nu noir" de Fautrier, etc. Tous, mis bord à bord, dans une proximité qui reflète la vision de Chéreau. Il y a ajouté des découvertes, ses coups de cœur comme des photos de Nan Goldin (dans une autre salle, la grande photographe présente un montage photo), le magnifique "Portrait d'une femme noire" de Marie-Guillemine Benoist (notre photo), un nostalgique "Jeune Garçon songeur" de notre compatriote François-Joseph Navez. Parfois, le corps érotique côtoie le corps mystique et douloureux : "Le Christ mort couché" de Philippe de Champaigne ou "Saint Sébastien soigné par sainte Irène" de del Cairo. La salle est un peu perdue dans les couloirs sans fin du Louvre, mais avec des trésors qu'on aimerait garder dans un coin de sa tête.
Son but : "Présence de la danse, des corps. Pas une programmation, mais une pensée organisée, des obsessions ? Le désir, la perte du désir, cette grande allégorie que le musée provoquerait, cette invitation qu'on me fait, cette volonté brutale que j'ai aussitôt de l'habiter de tous les corps qui diraient le désir et sa fin." Et le poids des images : "Elles sont sources d'inspiration si elles se transforment en autre chose, s'il y a transsubstantiation, si elles parlent et provoquent le désir, la sublimation, la profondeur, une réflexion." Et son conseil à nous tous : "Je dis que l'avenir c'est du désir, pas de la peur."
Patrice Cbéreau au Louvre jusqu'au 31 janvier. Paris avec Thalys en 1h20
