Chouette, les punks sont descendus au musée !

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

A l’heure des indignés et du rejet d’un certain ordre économique, politique et écologique, il est passionnant de revoir au BPS 22, ce que fut la créativité du mouvement punk à son époque de gloire, entre 1976 et 1979. L’expo très originale qui y est présentée a été imaginée par Eric de Chassey, directeur de la prestigieuse Villa Médicis à Rome, un spécialiste tout autant des minimalistes contemporains !

Son pari était de montrer que le mouvement punk qui niait l’art et voulait changer toute la société, a créé des objets, des formes, des images, qui sont de vraies œuvres muséales.

Il a sillonné l’Europe pour choisir plus de 500 objets. Si le punk fut d’abord musical, ici, la musique a été volontairement mise de côté (même si des vidéos montrent des images des concerts punk). Et Eric de Chassey a refusé de tracer une histoire du mouvement punk. Ce qui l’intéressait était l’intérêt esthétique pur des pièces choisies.

Et il est vrai qu’on y voit une liberté de ton, de forme, d’imagination qui laisse pantois. On peut s’étonner bien sûr, de voir ces pièces destinées à la rue et à la contestation, arriver 35 ans plus tard dans un musée pour un public de quadras et de quinquas. Mais pour de Chassey, cet "art" a été récupéré depuis, par le commerce. Ce serait par sa mise en évidence dans un musée, qu’il peut retrouver sa force initiale. Pari gagné.

Il s’est intéressé à la première vague punk. "Celle qui travaillait dans l’urgence, dans la volonté de changer le monde, de faire la révolution par la culture et les images. Des œuvres éphémères. Mais montrer à nouveau ce qu’on faisait, c’est parler d’un moment finalement très rare, où on a cru qu’on pouvait changer le monde avec des images. Et cela est pour moi une bonne définition de l’art."

Le premier mouvement punk fut une vraie "contre-culture" qui avait l’utopie de changer le monde. Ensuite, le mouvement punk a mué, et est devenu non plus une "contre-culture" mais une "sous-culture", cantonnée à une certaine marginalité dans sa vie et dans ses objectifs.

Au départ, il y eut bien sûr l’Angleterre et les Sex Pistols. On retrouve avec plaisir, les images de l’époque (affiches, pochettes de disques, etc.) avec leurs provocations, même parfois volontairement imbéciles (nazi, scato, etc.) mais, avec toujours, une esthétique neuve. On trouve des tee-shirts devenus cultes de Vivienne Westwood et Malcom McLaren, portant des images de subversion qui pouvaient à l’époque entraîner pour ceux qui les portaient, des ennuis avec la police. On revoit l’image de la Reine, les yeux et la bouche bâillonnés par un message "God save the Queen" fait de lettres découpées comme dans une prise d’otages. On vantait sur un tee-shirt, le "violeur de Cambridge". Ces mouvements pouvaient aller de l’extrême droite à l’extrême gauche.

L’expo évoque un peu le punk belge, avec les soirées au plan K ou un magazine carolo. "Mais, explique Eric de Chassey, le succès de Plastic Bertrand a étouffé le punk belge."

Pour la France, une salle retrace les exploits de Bazooka, un groupe d’allumés, toujours actifs aujourd’hui (individuellement). Très créatifs visuellement, ils provoquaient tous azimuts. Il faut admirer la liberté avec laquelle ils ont "habillé" un numéro du journal "Libération". Ils furent invités plusieurs fois à le faire et chaque fois, ça se termina par des bagarres avec les journalistes. Tel un commando, ils intervenaient à l’atelier, juste avant le bouclage, et modifiaient les titres, posaient des commentaires du genre "connerie", changeaient les visuels. Une attitude inimaginable aujourd’hui. "Aujourd’hui, commente de Chassey, on demanderait la permission, consulterait un avocat sur les poursuites éventuelles, étudierait l’impact marketing. Il y avait une urgence qu’on ne trouve plus." Hélas, sans doute.

Guy Duplat

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