Arts et Expos

Le mouvement Cobra dont on célébrera en 2018 le 70 e anniversaire de la naissance à Paris, est souvent le prétexte d’expositions racoleuses. C’est le cas de celle proposé à Liège au Grand Curtius, où des œuvres majeures, de l’époque et des initiateurs de la mouvance, sont totalement absentes et où les extensions vont un peu dans tous les sens. Seules quelques rares petites œuvres de la période historique, trois courtes années, de l’automne 1948 à celui de 1951, sont présentes. On cochera principalement une belle gouache de 1948 de Karel Appel, des photos de Serge Vandercam de 1950, un pastel de Pedersen de 1946-48, et on notera une aquarelle de Claus ainsi qu’une autre de Jan Nieuwenhuys.

Des œuvres qui, dans un contexte muséal comme c’est le cas, viendraient uniquement en appoint de pièces phares. Pas un seul Jorn de l’époque, figure de proue et inspirante du mouvement !

Et l’on passe sur la présence d’éditions problématiques. La déception est donc de taille et il convient, dans un cadre extensible, de re-contextualiser cette expo qui ne donne pas la hauteur et les garanties scientifiques qu’un musée se doit d’offrir à ses visiteurs.

Des greffes temporaires

La période Cobra évacuée, qu’en est-il ? Reste la construction subjective et aléatoire d’un contexte pour l’avant, et des suites profilées sur des artistes dont les liens avec Cobra furent souvent et pour le moins assez distanciés, voire inexistants.

Autour du noyau de base de Cobra, de nombreux artistes se sont greffés temporairement à l’occasion de l’une ou l’autre exposition labellisée, sans pour autant appartenir au groupe. L’ouverture pratiquée par les fondateurs a ainsi permis à quantité d’artistes de revendiquer une appartenance, en fait tout éphémère. Ceux qui ont véritablement porté l’esprit libertaire et même révolutionnaire de Cobra, au moment même et par la suite, sont très peu nombreux hormis les fondateurs et Pierre Alechinsky qui rejoignit le groupe en 1949. Il fut et reste le seul fer de lance indéfectible de cette aventure qui a ouvert à l’art des horizons aussi riches qu’inédits.

Un contexte global

La salle consacrée à ses œuvres (postérieures) et aux grandes encres de Christian Dotremont, autre figure de proue, est l’un des rares moments forts de l’expo. La salle Pedersen ne manque pas de panache.

L’expo est donc surtout une circonscription autour de Cobra. On laissera au commissaire la responsabilité des affinités déclarées avec des Hartung, Schneider ou Matthieu et autre Miro. Il en va de même pour Dubuffet et son art brut. Rétif, l’auteur d’ "Asphyxiante culture" n’adhéra jamais au groupe !

Pour l’entourage du moment historique, on retrouve force Plompteux, Van Lint, Bury, Collignon, l’évocation de la Jeune Peinture belge… avec des œuvres abstraites lyriques ou construites alors que Cobra se fixait bien davantage sur la figuration sauvage, énergique, spontanée, libérée des carcans.

On pointera néanmoins deux excellents Doucet ! Dans son ensemble et pour la suite, l’expo considère plus le contexte global de l’époque, belge et liégeois, qu’elle ne focalise sur les forces vives qui perpétuèrent le mouvement. On aurait apprécié de voir les grandes œuvres, fortes et spectaculaires, des Corneille (né à Liège !), des Constant et les plus tonitruants Appel (en plus de la puissante peinture de 53), les œuvres magistrales à quatre mains si spécifiques, et des Jorn tourmentés… Une autre fois.

"Cobra et après". Plus de 120 œuvres. Grand Curtius, Féronstrée, 136, 4000 Liège. Jusqu’au 15 janvier. Du lundi au dimanche de 10h à 18h.