Combat avec la figure

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Il est assurément l'un des monstres sacrés de la peinture du XXe siècle, l'un des ténors à la voix puissante. Américain, mais Hollandais d'origine, formé pendant deux ans en Belgique, Willem de Kooning (1904 - 1997) n'a cessé de mener un combat interne à sa peinture entre la figuration et l'abstraction. La double influence, européenne et américaine, a sans nul doute créé une tension qui l'a conduit à concentrer son énergie plutôt qu'à poursuivre en deux voies, l'une abstraite, l'autre figurative. Le choc de cette rencontre décidée a débouché sur une peinture conflictuelle toujours en équilibre précaire, et à la recherche d'une fusion en évitant le compromis. Ainsi, il a atteint un degré d'expressivité difficilement comparable dans laquelle création et destruction sont intimement liées.

Par les dessins et les quelques papiers peints, on peut plus aisément trouver la voie d'accès à ses grandes peintures conservées dans les plus prestigieux musées. Leur force, leur puissance, leur imposition sont quasi inégalées.

Certains dessins, dont on ignore la date précise, datés 1965-80, comptent parmi les plus parlants : nerveux, presque brouillons, aux traits appuyés par moments, convulsifs et ardents, rageurs même dans une volonté d'aller dans l'image au-delà d'elle-même, et laissent un moment poindre une figure déformée, une esquisse aussitôt contrecarrée.

Par ailleurs, on le voit cadrant ce dessin, pour le contenir, pour éviter les débordements, car la concentration est essentielle. Ailleurs encore, des personnages surgissent plus calmes, un peu comme pour reprendre souffle et repartir et aller parfois, dans des encres plus légères, jusqu'à l'abstraction.

Si le dessin impose la structure sous-jacente à la peinture, cette dernière va s'employer à mettre à mal ce que le crayon a déjà très largement malmené. Dans les papiers, la cohabitation est parfaitement visible, et il est fréquent, en ces travaux d'approche, qu'il partage la présence comme pour mieux vivre l'interaction : la ligne qui surgit architecture, ce que les coups de brosse tentent d'effacer tout en maintenant une sorte d'instinct de conservation face à l'humain. Dionysiaque.

Claude Lorent

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