Arts et Expos

A la fin du XIXe siècle, Baudelaire disait que la sculpture était morte. Elle eut son heure de gloire à Rome et à la Renaissance. Mais désormais, seule la peinture était moderne et innovait avec Manet et les impressionnistes. Elle inventait la touche rapide, la toile laissée non finie, le mouvement pur et la lumière. La sculpture sentait l’académisme. Une caricature d’époque montre une sculpture exposée au salon officiel et qui pleure de voir le public se détourner d’elle pour ne regarder que les peintres contemporains.

Rodin fut à la fois le dernier de ces grands sculpteurs classiques et le premier de la sculpture moderne. Il révolutionna cet art de fond en comble : laissant les traces de ses doigts sur la sculpture, brisant le corps et le représentant morcelé, délivrant la sculpture de la prison du socle. Au point qu’on s’est demandé si, après Rodin, le sculpture était encore possible.

L’exposition au beau Gemeentemuseum de La Haye, intitulée « De Rodin à Bourgeois : la sculpture au XXe siècle », essaie brillamment de répondre à cette question. Elle est aussi un pied de nez à Wim Pijbes, le flamboyant directeur du Rijksmuseum devenu directeur du musée Voorlinden à côté de La Haye qui disait que la Hollande est un pays de peintres et pas de sculpteurs.

Ce musée, icone de l’architecture moderne dû à l’architecte Berlage, labyrinthique, se prête bien, avec ses petites salles, à ce parcours très didactique. Le choix des œuvres veut montrer comment la sculpture après Rodin s’est libérée peu à peu des contraintes de l’espace et s’est détachée de la réalité visible jusqu’à devenir pur concept avec Fred Sandbak qui tend des fils dans la pièce comme les arêtes d’un volume invisible.

Un parcours en cent sculptures et qui se poursuit dans les jardins du musée et même dans la ville avec quelques installations.

Maillol ou Brancusi

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