Arts et Expos Avant la fermeture annoncée, La maison rouge fait éclater l’Art brut. 

Dans un an, La maison rouge, centre d’art privé ouvert à Paris en 2004 par le collectionneur Antoine de Galbert, aura inauguré sa dernière exposition intitulée "L’envol".

Dès son ouverture, ce lieu d’exposition, d’édition, de mécénat s’est distingué des autres centres d’art par une vision personnelle portée sur l’art. Une vision sans frontière, ni géographique, ni esthétique. Une vision libre et non commerciale. Une vision ouverte sur le monde de la création, sans a priori et dans un esprit de rencontre, de convivialité entre les artistes et toutes les formes, les styles, les genres, les techniques, les pratiques artistiques. Un espace tellement rare qu’il est unique et dont on sait déjà qu’il manquera à tous les vrais amateurs d’art, à tous les curieux des cultures du monde.

Dans cette perspective, profitons des deux expos actuelles pour nous plonger au cœur de la singularité d’expressions artistiques aussi variées que l’art rituel africain, l’art contemporain ou l’Art brut. Avec le solo consacré aux œuvres récentes d’Hélène Delprat, les deux expos posent clairement la question sans réponse fermée, des cloisonnements habituels et historiques dans la sphère artistique.

Un théâtre personnel

En entrant dans l’exposition d’Hélène Delprat (France 1957) par un long couloir, une voix prévient : "C’est l’inconnu qui fait peur" et, la porte franchie, on se trouve confronté à une femme au crâne rasé, assise sur un tabouret pour un face caméra. C’est l’artiste ou du moins son double grandeur nature qui nous propose de pénétrer dans son univers alimenté par la mythologie, la part onirique, l’imaginaire fantaisiste et fantastique, un soupçon de réalité et de multiples échappées culturelles tous siècles confondus.

Les grandes peintures kitsch et déroutantes, les vidéos, les photos et sculptures, les dessins constituent un environnement total dans lequel on se perd en conjectures tant les hypothèses d’interprétations se chevauchent, se croisent, se diversifient, se multiplient. Ici, la création s’aventure hors des chemins balisés pour organiser une concentration de références, de richesses culturelles et d’images aux accents aussi libres qu’inattendus et aux effets imprévisibles. Une sorte d’art brut de décoffrage d’un cerveau en ébullition.

Etranges affinités

Un état d’esprit proche anime l’exposition conçue par Lucienne Peiry, spécialiste de l’Art brut. Le rassemblement d’objets d’origines africaines ou occidentales : des vêtements réalisés en asiles psychiatriques, des amulettes, des talismans, des tenues cérémonielles, des œuvres reconnues d’art contemporain, des poupées, des objets magiques, des statuettes, des fétiches de chiffon, des réalisations en matières minérales ou animales… font éclater les catégories artistiques par le jeu des rapprochements symboliques ou esthétiques, par la similitude d’intentions créatrices, par les différences de chronologie, par les accointances de pratiques particulières.

Là aussi dans la plupart des cas, dont ceux des Belges Pascal Tassini, Peter Buggenhout et Heide De Bruyne, l’art est brut d’émergence d’une nécessité humaine de dire, voire de se libérer et de se rassurer. De se sauver de soi. Art thérapie, mais pas seulement, aussi d’expression non pas d’idées ou de concepts, mais d’une puissance intérieure fondamentalement créatrice à travers un projet artistique. Voilà qui aboutit à une interpellante remise en question.

Hélène Delprat, "I Dit it My Way" et "Inextricabilia", "enchevêtrements magiques". La maison rouge, 10 bd de la Bastille, 75012 Paris. Jusqu’au 17 septembre. Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h. jeudi jusqu’à 21 h.

Expos à venir : à l’automne "Etranger résident", la collection de Marin Karmitz; en février 2018, à la fois, "Black Dolls", la collection de Debbie Neff et l’œuvre de l’artiste rom Ceija Stojka (1933-2013), enfin "L’envol" à partir du mois de juin 2018. Fermeture : décembre 2018.