Arts et Expos

Dans l’hebdomadaire français "Vu", en juillet 1931, on pouvait lire sous une photographie en sépia : "Aux accents étranges des gongs, des cistres et des flûtes du Gamelan, les petites danseuses balinaises s’animent." En fait, à l’occasion de la très controversée Exposition coloniale, le magazine de Lucien Vogel se faisait l’écho des spectacles du "Théâtre Balinais" présentés par le Pavillon des Indes néerlandaises. Un événement qui fut au départ d’un véritable engouement du public occidental pour les danses indonésiennes.

Inspiration

C’est ainsi par exemple qu’en 1932, comme le montrait le documentaire de Raphaël Mille, Charlie Chaplin en pleine crise existentielle fit le voyage à Bali avec son frère Sydney. Il y filma les danses balinaises dont on dit qu’elles furent pour lui une source de renouvellement et d’inspiration à l’aube du cinéma parlant. Ceci dit, à la même époque, le compositeur Francis Poulenc ou l’écrivain Henri Michaux étaient tout autant fascinés par ce "langage physique à base de signes et non plus de mots, […] par cette métaphysique des gestes" selon le poète Antonin Artaud.

Tourisme galopant

C’est ce que rappelle le guide format carte postale que reçoivent gratuitement les visiteurs de l’exposition "Danses en Indonésie" présentée actuellement au Grand Curtius à Liège dans le cadre d’Europalia. Celle-ci réunit les photographes de Magnum, Henri Cartier-Bresson, George Rodger et Burt Glinn qui tous trois ont photographié des danses très caractéristiques de l’archipel entre 1949 et 1969, "à des époques où", comme le signale le commissaire de l’expo Alain Delaunois, "l’inflation touristique n’était pas galopante comme aujourd’hui". Et celui-ci de préciser : "La cinquantaine de photographies rassemblées pour l’occasion n’ont jamais été montrées en exposition et les tirages de Cartier-Bresson ont été contrôlés par lui de son vivant."

Rappelons pour la petite histoire qu’après avoir co-fondé l’agence Magnum en 1947, Henri Cartier-Bresson séjourna en Asie pendant trois ans. Il témoigna des bouleversements gigantesques de la décolonisation dans la région et notamment en Indonésie. C’est ainsi qu’en 1949, grâce à sa première épouse, elle-même d’origine indonésienne, et danseuse sous le nom de Ratna Mohini, il réalisa de nombreux reportages sur les danses traditionnelles. En 1954, l’éditeur Delpire en tirera "Danses à Bali", le premier livre d’une longue série qu’il publia avec le photographe.

On ajoutera enfin que cette exposition-ci s’inscrit bien évidemment dans le cadre des manifestations du 70e anniversaire de l’Agence Magnum Photos.

© DR

---> "Danses en Indonésie/Magnum Photos". Liège, Grand Curtius, Féronstrée, 136. Jusqu’au 14 janvier 2018, du lundi au dimanche, de 10 h à 18 h. Rens. : www.grandcurtiusliege.be