De Pompéi à Bliesbruck-Reinheim

Marc Vandermeir Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Comment comprendre la ville, la rue, la maison, les rites et les moeurs d'il y a deux mille ans dans nos contrées de la Gaule Belgique, sinon grâce au formidable miroir que constitue la ville de Pompéi scellée par les cendres du Vésuve ? Comment comprendre ce qui est aujourd'hui creux et les fondations d'un chantier de fouilles à Bliesbruck-Reinheim sinon à travers les rues, les temples, les thermes et les maisons encore debout de la ville de Pompéi ?" Ces propos de Philippe Leroy, président du Conseil général de la Moselle, résument au mieux l'esprit et l'originalité de l'exposition "De Pompéi à Bliesbruck-Reinheim, vivre en Europe romaine", qui se déroule jusqu'au 30 septembre au Parc archéologique de Bliesbruck-Reinheim, en Moselle.

Double prisme

Le parc archéologique de Bliesbruck-Reinheim est un site de 120 hectares où les fouilles n'ont été entamées qu'à partir de 1979 et dont une grande partie n'a pas encore révélé ses secrets. Sa particularité est que les visiteurs y découvrent des aspects de la vie gallo-romaine et des habitudes quotidiennes. Mais au travers d'un double prisme : celui, d'une part, d'une petite ville gallo-romaine de quelque 800 mètres de long, avec sa rue principale et une secondaire, une place publique et des thermes particulièrement bien conservés et superbement mis en valeur et protégés ; celui, d'autre part, d'une villa aristocratique, révélatrice de la richesse du lieu.

Bliesbruck n'avait pas cinquante ans lors de l'éruption du Vésuve, qui a englouti Pompéi en octobre 79 de notre ère. Ce n'est même que deux siècles plus tard qu'elle a atteint son expansion maximale. Par contre, même si Pompéi était trois fois plus grand, les deux cités tiraient leur prospérité des terres environnantes.

Pourquoi, alors, ce parallèle ? C'est là toute l'originalité de l'exposition, créée par le Conseil général de la Moselle, avec la Surintendance archéologique de Pompéi et le Kreis du Saarpfalz. A Pompéi, les six mètres de cendres et de lapilli tombés sur cette ville jusqu'alors ordinaire l'ont scellée, permettant de la découvrir extraordinairement bien conservée, des siècles plus tard. Bliesbruck, à l'inverse, a souffert des présences successives et les objets gallo-romains mis à jour sont le plus souvent fragmentaires. D'où l'idée d'éclairer les découvertes de Bliesbruck à la lumière de celles de Pompéi, véritable conservatoire de la civilisation romaine. La surintendance archéologique de Pompéi a ainsi permis que plus de 640 objets soient amenés à l'exposition. Dont des pièces exceptionnelles, pour la plupart jamais sorties de Pompéi et, pour certaines qui étaient dans les réserves du site italien, spécialement restaurées pour la circonstance.

Un rapprochement justifié

Le décalage chronologique, lui, ne rend pas caduque ce rapprochement entre ces deux villes. Que du contraire, il est pleinement justifié d'un point de vue historique : elles ont toutes deux un territoire occupé de longue date et ont été romanisées (Pompéi dès le IIIe siècle avant J-C ; Bliesbruck à partir du Ier siècle de notre ère). La mise en comparaison systématique, dans l'exposition, des multiples pièces et objets permet d'établir la continuité du mode de vie comme de l'expression culturelle. Un masque découvert intact à Pompéi permet par exemple d'établir qu'un fragment trouvé à Biesbruck était exactement le même masque.

Le visiteur est ainsi invité à se promener dans une rue antique, à entrer dans une maison romaine de Bliesbruck et dans une autre de Pompéi pour y appréhender tous les aspects de la vie quotidienne, à découvrir la vaisselle de bronze et d'argent d'un coffre de Marcus Epidus Primus, à se promener dans le jardin au milieu des masques de théâtre. Ou encore à découvrir les maisons d'artisans et de commerçants et la production artistique et pratique de ces travailleurs. Sans oublier de splendides fresques, venues spécialement des restes d'une luxueuse auberge voisine de Pompéi.

De quoi comprendre, de l'intérieur, la culture et les valeurs romaines.

© La Libre Belgique 2007
Marc Vandermeir

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