Arts et Expos

Exposition de Delphine Boël au musée d’Ixelles, très Pop, et très marquée par son drame.

Impossible de découvrir la petite exposition Delphine au musée d’Ixelles, en marge de la rétrospective Pierre et Gilles, en faisant abstraction du drame que l’artiste a vécu ces dernières années et qu’elle met en scène plus ou moins directement comme une thérapie. Depuis que l’existence de Delphine Boël, fille cachée du Roi Albert a été dévoilée, on a montré sa souffrance de ne pas être reconnue par son père. Elle fut assaillie par les médias et les ragots. Lors de l’ouverture de cette expo, il y avait plus de télés pour elle que pour Pierre et Gilles.

Delphine a pourtant sa propre vie familiale à cheval entre l’Angleterre et la Belgique et un art qu’elle développe très Pop, sixties, psychédélique, non conformiste, avec les couleurs vives, la fantaisie, l’humour, l’utilisation des mots sur la toile ou les néons. Un univers ludique sur la forme mais tragique sur le fond.

Dès sa sortie de la Chelsea School of Art de Londres, elle construisait un trône en papier mâché aux couleurs d’arc-en-ciel, montré l’expo. C’était déjà son rapport tourmenté à la monarchie.

C’est surtout sa grande sculpture, autoportrait au centre de la salle, qu’on voit d »abord. Elle s’y montre à genoux, sans culotte (signe de fragilité), sur une cible aux couleurs de la Belgique, enchaînée aux drapeaux flamand et francophone.

Hors de ces allusions directes, elle philosophe au départ de son expérience. Sur l’importance de l’identité par exemple, quand elle montre les empreintes digitales. Ou l’importance de l’amour avec la spirale du mot « love ». Sa lutte aussi contre les ragots quand on la voit, doigt devant la bouche, réclamant le silence (« shut-up ») tandis qu’à l’arrière, elle a écrit à l’infini « blabla ». Parfois, faute d’être écoutée par son père, elle s’adresse à Dieu.

Dans ses derniers travaux, elle adopte une écriture noire plus désespérée, de graffitis, où elle scande « never give up » (jamais renoncer) qui donne le titre à cette expo. Une manière de surmonter le traumatisme qu’elle doit toujours supporter.


Delphine, musée d’Ixelles, Bruxelles, jusqu’au 14 mai.