Des images en mouvement

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Quatre écrans sur mur plutôt que quatre tableaux aux cimaises, la galerie Desimpel a conçu un ensemble basé sur une technique des plus répandues artistiquement, mais encore relativement peu montrées sauf en centres d'art. Les raisons en sont multiples : appareillage coûteux, dispositif important, vente très aléatoire, disponibilité particulière du visiteur... Il n'empêche, l'exposition mise en place est du meilleur cru et, donc, se justifie doublement par son actualité de propos et par sa qualité. Il y a longtemps que l'image mouvante a conquis sa place dans le créneau des arts visuels, nettement à côté du cinéma qui conserve ses caractéristiques. En vidéo, il s'agit généralement de faire bref et de se démarquer par les sujets autant que par l'angle d'approche, et le narratif doit se situer dans la puissance des images davantage que dans le récit.

Amusante bien que dépouillée, basée sur un jeu de mots, la vidéo de Hung-Chih Peng (Taiwan, 1969) porte sur le langage et les sentences religieuses pouvant disparaître en quelques coups de langue. Les vérités seraient-elles éphémères ?

Beaucoup plus spectaculaire est la remarquable réalisation des anglo-allemands du couple dénommé Hehe (Evans, 1972 - Hansen, 1970). Sans déflorer le sujet qui offre des lectures à de multiples niveaux, de l'écologie à la sociologie, de la perception à l'effet chromatique, du domaine du jeu à sa confrontation au réel, sans oublier les notions d'échelle, on soulignera que non sans un certain humour et un sens de la performance, les deux plasticiens plongent au coeur de problématiques quotidiennes dans lesquelles nous sommes tous impliqués à des degrés divers.

Vague rétro et sentimentale à travers la mini-installation de Carinne Marenne (Begique, 1974) qui poursuit sa reconstitution de la condition féminine dans les années 60 où se gagnait une certaine liberté et se diffusait une image du bonheur par l'avènement de la consommation. Très justement observé. Le propos le plus concentré et aussi le pus dur, à la limite du supportable, est celui de la Française Rebecca Bournigault (1970). Il s'agit d'un affrontement silencieux, lourd, entre un homme stoïque et deux agresseurs. La tension y est extrême en cette violence et en cette réaction si particulières.

Claude Lorent