Des murs qui parlent

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts visuels

Quand l’art descend dans la rue, c’est toujours bon signe. Cela veut dire qu’il est bien vivant, qu’il réagit avec la société, qu’il est partie prenante du quotidien des gens.

Les arts plastiques descendent dans la rue aussi bien que les arts de la scène, du cirque, de la danse, des animations citadines. Ce fut vrai déjà à la fin du XIXe siècle quand Toulouse-Lautrec et les affichistes lithographes se mirent à colorer les villes de leurs grandes affiches folles et fleurant bon les innovations d’une société galopante et rebelle aux engourdissements. Et si l’affiche traditionnelle, de nos jours, a souvent perdu ses qualités enthousiasmantes, un autre art des lieux publics a, depuis une trentaine d’années, pris fait et cause pour une rue ouverte à l’inédit, au collage clandestin, au tag et au graffiti.

La nouvelle mode a pris ses quartiers au temps du Pop, de Warhol, de Keith Haring et de Jean-Michel Basquiat. Venue des Etats-Unis, elle a envahi métros, palissades de chantiers, murs aveugles et, dans les pires des cas, murs et portes de nos maisons.

Les tags et graffitis sous contrôle d’un art réfléchi mais libre relèvent de l’art, c’est un fait qui, pour assez nouveau, n’en est pas moins bien réel et même déjà, ce qui semble un comble, promis aux musées et aux collections privées.

Nombre des affiches et installations présentées à La Louvière en témoignent. Ce qui n’enlève d’ailleurs rien à cette qualité première de surgissement, là où on ne l’attendait pas, d’une expression voulue agissante, politique, agitatrice de consciences.

Développée sur les trois étages de l’ancienne piscine louviéroise, l’exposition se coule à ravir entre les diverses personnalités à l’affiche. Au rez-de-chaussée, un vaste espace est investi par le Français Jef Aerosol, peintre et musicien, qui trace, souvent au pochoir, des portraits de personnalités. Ainsi sur le grand panneau de l’entrée reconnait-on, effigies noires sur papier kraft, et pêle-mêle, Amélie Nothomb, Keith Haring, Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat, les papes du Pop et une romancière - Aerosol écrit aussi - qui a du chien. Il signe aussi des portraits, sur papiers libres, de David Bowie, de Gérard Philippe, d’un Chinois au cigare

Une vidéo, très utile, témoigne de la manière de procéder de ces artistes urbains, de leurs soucis et de leurs projets. Obêtre est Belge et il explore prioritairement des traces qu’il saupoudre de graffitis. Muga, Belge lui aussi, est un adepte du pochoir et il n’hésite pas à mêler à ses dessins des accidents du mur investi. Ses grands collages éclatent de couleurs acides et on peut presque dire qu’avec lui, les murs ont plus que des oreilles.

Denis Meyers, un troisième gars bien de chez nous, crée des stickers, des sérigraphies, des peintures qu’il répète et multiplie à l’envi, créant tout un univers bien à lui : ses visages vous scotchent. Les Italiens Sten & Lex ont agi chez eux en initiateurs. Ils découpent leurs pochoirs, les rendent filandreux et il en découle des séries de portraits en trois dimensions. Vaste laboratoire d’idées, de lettres, d’images et de réalisations, cette expo hors normes n’en finit pas de surprendre, les artistes s’y éclatant - bien des œuvres y sont toutes fraîches - dans une liberté qui va de pair avec leur pratique.

Il en est ainsi d’Obey l’Américain, alias Shepard Fairey, auteur reconnu par sa campagne "Obey Giant". Stickers, affiches, catalogues d’expos, photos, planches de skateboard Cri du cœur : "La passion de la rébellion derrière le graffiti résonne pour moi autant que les attitudes du punk rock et du skateboard."

Et il y a le Français Invader, qui fait revivre des "Space Invaders", créatures échappées du jeu vidéo éponyme de la fin des années 70. Un jeu d’arcade, sa signature, qui préfigure l’avènement du pixel et de la technologie numérique. Il y a aussi Evol et ses bâtiments de carton et de béton, Doctor H et ses "Fossiles d’affiches", Ludo l’apôtre de la nature et Swoon qui grave dans le bois et découpe les personnages qu’elle rencontre Variations et recoupements.

Centre de la gravure et de l’image imprimée, 10 rue des Amours, La Louvière. Jusqu’au 2 septembre, du mardi au dimanche et fériés de 10 à 18 h. Infos : 064.27.87.27 et www.centredelagravure.be

Publicité clickBoxBanner