Des personnages bien énigmatiques

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts visuels

Espace d’exposition de la ville de Bruxelles, la B-Gallery a pour objectif la défense et la promotion des jeunes artistes sélectionnés sur candidature par un jury de professionnels. L’élu du moment, les expos ne durent que trois semaines !, est un Gantois, Philip Henderickx (1976, Burkina Faso), qui compte à son actif quelques expositions entre autres à la galerie S.&H. De Buck à Gand qui, en 2009, a consacré une petite publication avec un texte (en flamand) de Frederik De Preester. On y découvre déjà une forme picturale, en noir et blanc, qui pourrait être réaliste en première impression, mais qui glisse presque toujours, par un détail insolite ou simplement un climat d’ensemble, vers l’étrange.

L’exposition confirme totalement cette orientation, alors que le travail conserve la même rigueur de représentation dans les gammes quasi photographiques du noir et blanc. Pourtant, toutes les œuvres sont soit des dessins à l’encre et à l’acrylique sur papier, soit des peintures à l’huile et encre sur toile. Le léger décalage signalé, parfois à peine perceptible bien que bien présent dans la confrontation de notre regard avec l’œuvre, fait planer une énigme qui ne sera résolue que dans l’interprétation que chacun en donnera, et encore, ce seront des suppositions. L’artiste ne questionne pas, il soulève le questionnement sans nous livrer de piste de réponse. Par exemple, pourquoi, aux deux extrémités de la galerie, avoir placé sur un socle, d’une part un chat, de l’autre, un tout petit cochon, tous deux empaillés ? D’autant plus qu’aucun animal n’entre dans la composition des dessins et peintures ? Par confrontation avec les humains ?

Il semble que l’artiste travaille de fait sur la question de l’identité. Ses portraits style photo d’identité agrandie, les visages pris en gros plan, les personnages dont le visage est caché sous un masque de déguisement, indiquent une focalisation sur la personne, principalement à travers son visage ou l’absence de celui-ci.

La question soulevée pourrait être : sommes-nous ce que nous paraissons être ? Ou l’inverse. Les atours vestimentaires, le mode de représentation hyperréaliste, la réserve chromatique qui va à l’opposé de la réalité nécessairement en couleur, quelques mises en situations pouvant être bizarres, tout cela concourt à s’interroger sur les personnages, sur ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils nous cachent, ce qu’ils tentent de nous dire. Une œuvre à suivre et qui intrigue !

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