Arts et Expos Le leg de Cornelius Gurlitt, dont le père fut un marchand d’art sous le IIIe Reich, dévoilé au public de Berne et Bonn.

Deux expositions parallèles en Suisse et en Allemagne vont dévoiler cette semaine une partie de l’impressionnante collection controversée découverte il y a cinq ans chez Cornelius Gurlitt, fils d’un marchand d’art sous le IIIe Reich.

"Collection Gurlitt, état des lieux", va montrer à partir de jeudi et jusqu’au mois de mars environ 450 œuvres d’art de grands peintres tels que Monet, Cézanne, Renoir et Picasso tout en abordant aussi la question du pillage des collections juives durant la période nazie.

Les œuvres exposées à Berne à partir de jeudi et à Bonn en Allemagne à partir de vendredi ne représentent qu’une partie des quelque 1 500 pièces stockées dans de mauvaises conditions puis retrouvées à partir de 2012 chez le collectionneur germano-autrichien Cornelius Gurlitt.

Certaines proviennent de spoliations. L’homme était l’héritier de Hildebrand Gurlitt, qui travailla comme marchand d’art durant l’époque nazie à partir de 1938.

"Avec ces deux expositions, nous souhaitons rendre hommage aux personnes victimes des voleurs d’art (sous le) national-socialisme, ainsi qu’aux artistes diffamés et persécutés par le régime", expliquent Rein Wolfs et Nina Zimmer, directeurs respectifs des musées d’Art de Bonn et de Berne, dans un communiqué commun.

La découverte avait fait les gros titres des médias et déclenché une polémique sur la façon dont l’Allemagne a géré après 1945 la question des œuvres dérobées sous le régime hitlérien.

Même si des progrès ont été faits, "il existe encore des musées ou des collectionneurs qui ne font pas de recherches sur les origines" de leurs fonds, affirme Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, dans un entretien à l’hebdomadaire "Die Zeit" à paraître jeudi.

Casse-tête

Le trésor de Cornelius Gurlitt avait été découvert lors d’une descente de la douane dans son appartement de Munich puis dans un autre logement, à Salzbourg en Autriche. L’homme, décédé en 2014 à l’âge de 81 ans, a été décrit par la presse comme un reclus qui aurait vécu de la vente de sa collection.

L’exposition en Suisse est consacrée à l’art moderne considéré comme "dégénéré" par les nazis à partir de 1937 et confisqué.

A Bonn seront présentées des œuvres dont il a pu être prouvé qu’elles ont été volées par le IIIe Reich et ses proches, et d’autres dont la provenance n’a toujours pas été déterminée.

A sa mort, Gurlitt a légué l’ensemble de sa collection au musée de Berne. Environ 500 œuvres sont restées en Allemagne où un comité d’experts créé par le gouvernement tente de retracer leur origine.

Mais le travail est fastidieux. Les chercheurs ont pu à coup sûr identifier six œuvres ayant bien été dérobées à leurs propriétaires juifs.

Quatre d’entre elles, dont "Femme assise" d’Henri Matisse et "Deux cavaliers sur la plage" de Max Liebermann, ont été rendues à leurs héritiers.

Nina Zimmer espère avoir plus d’indices sur la provenance des pièces vers la fin de l’année. "Je pense que la recherche sur Gurlitt va nous occuper encore un bon moment", a-t-elle indiqué mercredi à l’AFP, en marge d’une conférence de presse.

Montrer au grand public une partie des tableaux pourrait aider à avancer. "Il se peut que quelqu’un reconnaisse quelque chose ou se souvienne que dans une valise au grenier se trouve une lettre de sa tante dans laquelle elle parle d’une œuvre d’art", a déclaré à l’AFP Andrea Baresel-Brand, qui dirige le Centre allemand des biens culturels volés. "Nous espérons vraiment avoir de nombreux retours", a-t-elle ajouté.

Le Centre a récemment indiqué avoir identifié un tableau du peintre français du XIXe siècle Thomas Couture comme ayant appartenu à Georges Mandel, homme politique juif et résistant.

Des familles ont également tenté de faire valoir leurs droits.

Des parents de l’impressionniste Paul Cézanne ont réclamé la restitution d’un des tableaux du peintre représentant "La Montagne Sainte Victoire", une peinture retrouvée derrière un placard dans la résidence de Gurlitt à Salzbourg.

Et une cousine de Gurlitt a contesté la donation de la collection au musée de Berne, avançant que son parent n’était pas sain d’esprit quand il a rédigé son testament.

Mais un tribunal allemand a rejeté sa plainte en décembre 2016, permettant la tenue des deux expositions.