Arts et Expos

Cette année le pavillon belge à la Biennale de Venise est occupé par l’excellent photographe Dirk Braeckman.

Cette année, le pavillon belge prend un pari audacieux et plein de classe : oser être une île de calme, de temps suspendu, dans la mer rugissante d’une Biennale d’art. « Oui, une Biennale de Venise, c’est un cirque, nous expliquait Dirk Braeckman, l’artiste choisi. Avec 500000 spectateurs qui passent rapidement de pavillon en pavillon et 95 % qui ne connaissent pas mon travail. Mes photographies sont alors une forme de réponse ou de résistance à ce flot d’images, de photos, d’agitation. C’est un temps allongé, une expérience existentielle. »

C’est un pari sur l’intelligence et la sensibilité humaine.

Dirk Braeckman est aidé par la beauté du pavillon belge, Art déco, conçu en 1907 par l’architecte Léon Snyers, quand la Belgique était encore en tête des nations européennes. Dirk Braeckman, avec sa commissaire, l’excellente Eva Wittock du musée M à Louvain, a choisi de rendre ce pavillon à toute sa beauté. Tout y est pur, blanc avec une superbe lumière zénithale naturelle (aidée de spots). La classe.

Dirk Braeckman et Eva Wittock ont sélectionné des photographies représentatives de tout le travail de l’artiste (né en 1958) et de nombreuses œuvres neuves, toutes du même grand format, 1,8 x 0,9 m, toutes grises et obscures au premier regard.

Les titres n’éclairent volontairement rien. Ils sont codés pour simplement rappeler quand l’œuvre a été faite.

Dès qu’on prend le temps de regarder vraiment, on voit peu à peu surgir des mondes possibles. Une série nouvelle montre la mer, avec une petite vague éclairée d’un coup de flash. Parfois, un rocher écroulé. La majorité des images sont cependant prises dans des espaces clos et oppressants. Sur une très ancienne photographie, un tapis persan, dans une salle vide, peut-être un hall d’hôtel. Parfois de grands rideaux cachent on ne sait quel mystère, ouvrant à on ne sait quel théâtre des ombres de la vie.

Dirk Braeckman photographie aussi d’anciennes images dans une mise en abîme, soignant le cadrage, travaillant longuement en chambre noire comme un alchimiste, pour en faire les traces d’un monde enfui et enfoui. Les seuls signes humains sont celles de femmes nues, disparaissant dans les nuances de gris, à l’érotisme diffus.

Ces images ne racontent rien, ne renvoient à rien mais, grâce paradoxalement à cette disparition de toute anecdote, elles nous ouvrent à tous les imaginaires. A chacun, d’imaginer des histoires.

Se plonger dans cette exposition, y rester le temps nécessaire est une expérience qui nous place dans les coulisses de la vie, face à nous-même, à notre inconscient, à nos fantasmes

Cette année c’est la Flandre qui occupe le pavillon belge. Le ministre de la Culture Sven Gatz, sur base d’un jury, avait choisi le photographe gantois (premier photographe à occuper la pavillon). Un choix lié aussi à la forte équipe qu’il frme avec Eva Wittock et l’excellent musée M. Un beau livre est édité à cette occasion par le musée M et Bozar.