Arts et Expos

Dans un état "lamentable", objet d'une gestion relevant de "l'amateurisme", parfois mis en péril par des déplacements "intempestifs" et non professionnels, suspendu à des aberrations institutionnelles... Le patrimoine artistique wallon - on parle bien des oeuvres d'art, pas des bâtiments - est "en péril", indiquait, le 5 juin dans une opinion publiée dans "La Libre", Pierre-Yves Kairis. Le chef du département f.f. en conservation et restauration de l'Institut royal du patrimoine artistique y proposait dix mesures visant à améliorer le sort de ce patrimoine conservé essentiellement dans les musées et églises. A "sauver ce qui peut encore l'être"...

Régulièrement, des experts tirent la sonnette d'alarme, à propos d'oeuvres laissées à l'abandon dans une sacristie, un grenier humide, ou exposées à tous vents et gravats lors de travaux dans une église. La (non) conservation de tableaux dans les caves de certains musées a aussi défrayé la chronique à plusieurs reprises.

L'avenir se présente-t-il sous de meilleurs auspices ? Difficile de le jurer, à ce stade, mais à tout le moins le SOS lancé par l'historien de l'art de l'Irpa n'est-il pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Au cabinet de la ministre de la Culture Fadila Laanan (PS), on concède qu'une partie du patrimoine artistique a souffert ces dernières décennies. "Il y a un réel retard dans ce domaine. Jusqu'il y a peu, les musées ne faisaient pas l'objet d'une réglementation adéquate", indique Martine Lahaye, directrice adjointe du cabinet. Il arrivait qu'une grande ville dotée d'un riche patrimoine ne possède même pas un conservateur professionnel salarié...

Les choses devraient toutefois évoluer, avec deux mesures en cours. Primo, le décret de 2002 (avec arrêté d'application de 2006) qui structure, petit à petit, les musées, en ce compris leurs subventions. Il prévoit "notamment des mesures préventives, la présence de personnel qualifié et sa formation continue", indique Martine Lahaye. Secundo, la réglementation sur les (disons sur une petite partie des) biens culturels mobiliers, dont les premiers effets se feront bientôt sentir. Elle prévoit le classement d'oeuvres (certaines en catégorie "trésor"), assorti de précautions et d'autorisations pour toute manipulation. La "commission consultative du patrimoine culturel mobilier" récemment formée, proposera, cet automne, une première liste de biens classés. On ne pourra plus déplacer ces pièces ni les transporter dans n'importe quelles conditions.

Simplification

Les oeuvres conservées dans les églises sont dans une situation particulière, étant du ressort tantôt de la Communauté, tantôt de la Région wallonne. Pour reprendre l'exemple cité jeudi, un tableau accroché aux cimaises d'une église dépend de la première (en charge du patrimoine mobilier), mais un tableau lié à un autel... de la seconde (en tant que patrimoine immobilier, "par destination" en l'occurrence). L'ensemble du patrimoine artistique ne devrait-il pas être géré par une seule autorité, la Région ? Si l'on s'en tient aux oeuvres conservées dans les édifices religieux, l'option ne semble pas impossible. "Il faut viser plus d'efficacité. Si une oeuvre est accrochée de tout temps au mur d'une église, peut-être pourrait-on considérer qu'elle devient un bien immeuble, indique Martine Lahaye. On peut imaginer des accords de coopération avec la Région sur ce thème. C'est une question de bon sens."

Jean-Claude Marcourt (PS), ministre wallon du Patrimoine, va plus loin : "Le patrimoine mobilier doit être régionalisé, pour des raisons de cohérence et de protection." En ce compris, à son avis, les collections conservées dans les musées ; mais il le reconnaît, "il n'existe pas de consensus politique sur ce point" - certains y voient une régionalisation de la culture. "La question n'est pas à l'ordre du jour, dit-on en tout cas au cabinet Laanan, ce serait contradictoire avec tout le travail réalisé justement sur les musées." A tout le moins faut-il "ouvrir le débat et aller vers une gestion plus cohérente", insiste le ministre wallon, notant que la question est sur la table du groupe de travail Wallonie-Bruxelles.

Avec l'aide à l'emploi ?

Jean-Claude Marcourt se dit intéressé par d'autres propositions émises par le terrain, telles la création de conservatoires destinés à recueillir le patrimoine des églises désaffectées, et la nomination, par arrondissement, d'un conservateur qui chapeauterait celui des églises situées sur ce territoire. Ici aussi se dessine l'idée d'un "accord de coopération Région-Communauté", propose le ministre wallon, qui se dit prêt à soutenir le projet via l'aide à la promotion de l'emploi, et assure qu'il va contacter Fadila Laanan à ce sujet. Le cabinet de la Culture, de son côté, va faire analyser les dix propositions par la commission du patrimoine culturel mobilier et le conseil supérieur des musées.

L'avenir dira si ces contacts et et mesures portent leurs fruits.