Arts et Expos

Edith Dekyndt aime répéter que sa méthode de travail est essentiellement intuitive. Cette Tournaisienne, née à Ypres en 1960, effectue des recherches sur les matériaux avec lesquels elle entreprend ses expériences et s’informe sur le contexte des pièces qu’elle envisage de créer. Grande voyageuse, elle travaille de préférence en rapport étroit avec l’histoire et l’environnement de l’espace où elle est invitée à exposer. Elle conçoit et réalise ses œuvres après un temps d’observation, de découverte sur place et de réflexion.

Invitée au Wiels, elle s’est donc penchée sur l’origine et l’histoire de ce bâtiment. Considérant cette ancienne brasserie, elle s’est intéressée à quelques composants indispensables à la fabrication de la bière : l’eau, l’air, la levure, la bactérie spécifique qui a servi à développer la gueuze, et même le cuivre des cuves encore présentes dans l’entrée de l’édifice.

Des œuvres vivantes

Elle a donc concrétisé quelques nouvelles œuvres en utilisant ces constituants. On peut voir ainsi plusieurs tapis de confection ordinaire sur lesquels elle a versé, déposé, ces produits de manière à ce qu’ils puissent réagir naturellement dans l’air ambiant bruxellois. Elle les expose comme des œuvres abstraites informelles, imprévisibles, non fixées et donc vivantes, couvertes de moisissures et autres réactions.

Ce sont ces choses qui adviennent qui composent la plupart des œuvres exposées. Cette première rétrospective comprend aussi des vidéos pour les réalisations éphémères, quelques réactivations adaptées d’œuvres anciennes, des installations, des projections, et même des tableaux comme ce monochrome noir miroitant réalisé à la laque selon un procédé artisanal chinois. Il s’agit ici d’une autre caractéristique du travail d’Edith Dekyndt : l’attention portée à des pratiques d’ailleurs.

La beauté du rien

Parmi les œuvres emblématiques de cet ensemble qui s’étend sur deux étages, et bien que l’on se remémore parfaitement "L’Elevage de poussière" de Man Ray et Duchamp, il est un tableau au sol, éclairé, d’un amas de poussière récoltée pendant les travaux du Wiels. Un lent mouvement oblige les gardiens à réajuster régulièrement ce tapis volatile dont l’aspect se modifie constamment.

Un presque rien devient une réalité visuelle éphémère d’une incroyable beauté.

Même étonnement ébloui devant une tache de pétrole sur l’eau, une chevelure noire flottant au vent, des gouttes de pluie sur une vitre, un ballon épluché comme une pomme de terre, de l’argile séché et craquelé sur un drap… soit un ensemble de réalisations qui, désormais, nous conduisent à voir ce qu’en général nous ne regardons pas. Et souvent à nous émerveiller !

Edith Dekyndt, "Ombre indigène". Wiels, 354, av. Van Volxem, 1190 Bruxelles. Jusqu’au 24 avril. Du mardi au dimanche de 11h à 18h. Infos : www.wiels.org

Publication. Edith Dekyndt, "Ombre indigène", 184 p., nb ill. coul. et n/bl, textes de Xavier Douroux et Dirk Snauwaert, commissaires ; de Florence Meyssonnier, Jane Bennet, Anne Pontégnie, Gretchen Wagner et Kitty Scott. Ed. Les Presses du réel.