Arts et Expos

Qui d’entre nous, en effet, n’est en perpétuel dialogue avec ces bruissements de l’âme qui, tantôt, nous réjouissent et, tantôt, nous inquiètent, émeuvent, révoltent ou apaisent, selon les heures, les jours, les circonstances ?

Liés à nos quotidiens disparates, les "Etats d’âmes" sont des chants intérieurs, légers ou profonds qui, s’insinuant en nous, déploient leurs artifices plus souvent à notre insu, mais aussi par conviction. Ils sont tantôt spontanés, réflexes vis-à-vis de propos tenus, de troubles de la vie, d’événements inattendus. Ils peuvent aussi avoir été réfléchis, conséquences de pensées peut-être capitales. Ils sont à notre vie le grain de sel qui, tantôt, l’aiguise de félicités et, tantôt, la brime pour cause d’incongruités, voire de drames. Comment ne serions-nous pas sujets à tels états de faits quand même les objets inanimés ont une âme !

Quatre couples, un artiste

Sur la trame de ces "Etats d’âmes" qui nous obligent, nous gouvernent ou nous reposent, cela arrive, quatre couples de collectionneurs, un artiste pour point d’ancrage, le Flamand Thomas Lerooy, et un collecteur de sonnets, Victor Ginsburgh, ont réuni la matière grise, visuelle, matérielle et sonore de cette exposition. Celle-ci, sur les trois étages de la belle demeure ixelloise, joue au chat et à la souris avec questions et réponses, les œuvres nous offrant, une fois de plus, un parcours à travers les méandres de la vie à la mort.

Espace et temps au rendez-vous, les collectionneurs (Chris et Lieven Declerck, Yannicke et Wilfried Cooreman, Colette et Jean-Pierre Ghysels, Myriam et Amaury de Solages) ont eu à cœur de choisir dans leurs patrimoines les pièces qui leur semblaient pouvoir s’ajuster à la thématique.

De son côté, Thomas Lerooy a sélectionné, dans son travail récent, des pièces fortes susceptibles d’orchestrer l’ensemble autour de ses interventions musclées.

Les Solages, pour leur part, ont disposé le tout selon un jeu nourri d’atomes peu ou prou crochus entre les divers objets ethniques, toiles, photographie, sculptures, installations d’obédience contemporaine.

Enfin, face à toute cette intimité dévoilée comme un secret qu’on livre aux autres, Victor Ginsburgh a puisé dans l’histoire de la poésie les sonnets les mieux assortis à chaque œuvre de l’accrochage.

De Joachim du Bellay à Jorge Luis Borges, de Shakespeare à Queneau, de Banville à Mallarmé, Rimbaud, Verlaine ou Baudelaire, et de Ronsard à Rilke ou Neruda, que de voix multiples. Aussi multiples, il est vrai, que les œuvres plastiques auxquels elles s’appliquent avec délicatesse et bon sens.

Lerooy frappe fort

Né à Roulers, ayant vécu à Gand et Berlin avant de se retrouver aujourd’hui à Bruxelles, Thomas Lerooy est un créateur qui met son cœur à l’ouvrage.

Ses bronzes, comme les deux grands dessins qu’il a conçus pour ces "Etats d’âmes", sont révélateurs d’une dynamique identitaire dans un monde qui oscille entre le bon et le mauvais, contraste symptomatique de toute vie humaine. Comment concilier ces pôles ? Lerooy s’y applique en forcené qui se bat avec lui-même et les forces, parfois contraires, qui le gouvernent. "J’aime ici le contraste entre un côté vieux salon et un versant très contemporain. C’est très actuel !" En septembre 2014, il exposera à la Galerie Janssen et, belle aubaine, en février 2015, il aura carte blanche pour une expo solo au Petit Palais, à Paris.

Choix d’artistes

Comme à chaque fois, l’éventail des artistes confère son éclectisme et sa charge voluptueuse à la démonstration. Aux œuvres tribales, d’une rude beauté sacrale, répondent des pièces profanes d’aujourd’hui. Et ce qui rassemble les unes et les autres, ce sont les formes sans doute, mais aussi des accointances plus spirituelles, expressions vives d’artistes conscients d’une mission.

Les individualités sont si explosives et diverses que les citer toutes n’aurait aucun sens. Il faut les surprendre là où elles opèrent.

De Thomas Lerooy à Ann Veronica Janssen, de Jean-Pierre Ghysels à Hans-Peter Feldmann, de Ruud van Empel à Shilpa Gupta, De Dotremont à Jiang Zhi, de Garouste à Claire Harvey, et nous en resterons là sans mésestimer les autres, la donne est si variée et subtile que l’immersion corps et âme dans l’ensemble s’avère nécessité.


Maison particulière, 49 rue du Châtelain, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 30 mars, du mardi au dimanche de 11 à 18h, le jeudi jusqu’à 19h30. Infos : 02.649.81.78, www.maisonparticuliere.be