Europalia Chine dévoile ses must

ROGER PIERRE TURINE A XI'AN Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Europalia Chine déroulera ses fastes dès octobre, toutes disciplines artistiques au rendez-vous : expositions, musique, danse, théâtre, cinéma, littérature. Un événement ! Près de 50 expositions et 450 manifestations baliseront ce rendez-vous de quatre mois sous le signe d'une Chine approfondie en ses quatre points cardinaux : éternelle, contemporaine, en couleurs et, last but not least, la Chine et le monde.

En exergue, quatre expos majeures, passé, présent et avenir en bandoulière. Au Palais des Beaux-Arts, Chine éternelle et Chine contemporaine s'y croiseront : "Fils du ciel", à partir du 10/10 : l'évocation de la figure sacrée de l'empereur et 50 siècles de pouvoir impérial éclairés par 250 trésors nationaux; et "The States of Things, Brussels/Beijing" (le 18/10), un jumelage des arts actuels belge et chinois, vus par les artistes Ai Weiwei et Luc Tuymans. Aux Musées Royaux des Beaux-Arts, "Le Pavillon des orchidées", à partir du 14/10, magnifiera l'art de l'écriture en Chine, une Chine en couleurs qui est aussi peinture. Quatrième temps fort : "La route de la soie" aux Musées royaux d'Art et d'Histoire du Cinquantenaire, à partir du 23 octobre, pour un voyage à travers la vie et la mort, la Chine et le monde. Une Chine où se sont mêlés religions, idées, arts et hommes.

L'ampleur du sujet méritait un tour dans l'actualité d'une Chine qui en veut et le fait savoir. Et justement, Mao se retrouverait-il chez lui dans cette Chine qui, si elle le vénère toujours, semble se développer à la marge extrême de tous les projets d'avenir qu'il avait imaginés pour elle, dans la perspective d'une société plus égalitaire ?

A Xi'An, Province du Shaanxi, capitale de la première dynastie impériale, comme à Beijing où nos pas nous entraîneront ensuite, l'impression escomptée de dépaysement s'efface au galop, sous les coups de butoir d'une Chine en marche accélérée vers une réussite commerciale sans précédent ni de trop apparentes fausses notes. Le temps là-bas n'a plus le temps de se perdre en de vaines considérations sentimentales, même si l'accueil à la chinoise et courbettes garde le cap.

La Chine de 2009 a tout lavé plus blanc. Rasé son passé et ses vieilles habitudes, ses vieux quartiers, fait place nette au monde de demain. L'Asie a fouetté son histoire coloniale, s'est réveillée de ses engourdissements idéologiques au profit de démarches visionnaires et pratiques. Seuls vestiges en place : les écritures et lampadaires chinois des devantures commerciales et la vie nocturne et bruyante des quartiers populaires.

Le reste ? Passé à la trappe. A Beijing, les maisons basses des "hutongs" ont, olympiades obligeant, fait place aux buildings surprenants. Une histoire quand même la Chine n'en demeure pas moins fière de son passé. Quitte à le promouvoir comme une attraction de masse assortie de profits à grande échelle. Et ses flots de touristes sont chinois la plupart du temps.

Si "La route de la soie" commence et finit, dit-on à Xi'An, ville fondée en 221 avant J.-C. par le premier empereur Qin Shi Huang, la Pagode de la Grande Oie sauvage (Dayan) est un bel exemple de temple bouddhiste des temps les plus anciens. Erigée au VIIe siècle et restaurée à plusieurs reprises, elle est le lieu de vénération de croyants appliqués. Dans ses jardins fleuris, on croise un "Happy Bouddha" satisfait et joyeux. Autre témoignage du prestigieux passé de Xi'An, sa forêt de tables de pierres du complexe de Beilin Bowugan. Une histoire de plus de 900 ans pour une collection avoisinant les 3000 pierres incisées, trésor des anciennes calligraphies réparties en une suite de chambres, chacune d'elles rappelant des préceptes des dynasties successives. On y apprend, par exemple, les règles pour devenir mandarin à la cour au temps de Mencius, empereur Qing, au travers de 650.000 anciens caractères inscrits sur 114 stèles. Des estampages de celles-ci seront présentés dans l'exposition "Le pavillon des orchidées".

Bien évidemment, Xi'An, c'est aussi, trésor inimaginable, son armée de terre cuite découverte en 1974 quand un fermier en quête d'eau tomba sur un fragment de céramique. Soixante ans après Victor Segalen, la fameuse armée pour l'au-delà du premier empereur de Chine, Qin Shi Huangdi, mort en 231 avant J.-C., resurgissait d'une terre où l'avaient enlisée des plafonds de bois désagrégés avec le temps. Délabrée et restaurée, complète avec ses fonctions dévolues à chaque militaire, ses chevaux et ses chars. 5 buildings préservent ces découvertes toujours en cours, nonobstant le millier de pièces déjà recomposées et qui, pour la plupart, ont perdu leurs chromatismes d'antan. Impressionnant, magique avec ces regards, ces visages, ces attitudes et ces signes distinctifs, chapeaux, chignons, armement, par exemple, différents de l'un à l'autre.

Dans l'expo "Fils du ciel", on pourra voir deux guerriers avec des traces de polychromie, ainsi que d'autres témoignages exceptionnels de cette civilisation. Sur place, il est possible de se faire photographier la binette parmi des soldats de l'empereur : affligeant sans doute, mais dans l'air d'un temps de l'argent à n'importe quel prix ! La nécropole de Chinky préserve, elle, le mausolée de l'empereur qui n'a pas encore été exhumé. Quant au tombeau de Han Yang, quatrième empereur Liuqi de la dynastie des Han occidentaux, il recèle d'autres trésors découverts en 1998 : 10.000 objets répartis sur dix fosses : figurines, statuettes d'animaux, objets usuels, armes, sceaux de l'Etat, le tout en pagaille organisée. Davantage préservé, ce lieu est empli d'intensité, célébration silencieuse du ciel, de la terre et des ancêtres. Enfin, à Xi'An, il y a, témoin d'une vie ouverte à l'autre, la mosquée, deuxième plus ancienne de Chine, 742 après J.-C. Grand jardin parsemé de petits bâtiments, elle est havre de paix et de rencontres, et son quartier coloré surprend avec ses flots de souvenirs en tous genres...

© La Libre Belgique 2009
ROGER PIERRE TURINE A XI'AN

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