Arts et Expos

Oui, Patrick Nothomb est le père d'Amélie Nothomb. Impossible aujourd'hui de le croiser sans lui poser la sempiternelle question. Comme il y a vingt ans quand on lui demandait s'il était lié au ministre Charles-Ferdinand Nothomb (oui, c'est son oncle). Mais Patrick Nothomb a suffisamment de qualités pour ne pas dépendre de sa si grande famille.

Brillant ambassadeur au Japon où il résida durant 13 ans, il est féru de ce pays et de sa culture. Et il termina ensuite sa carrière d'ambassadeur par quatre années `de rêve´, dit-il à Rome, sillonnant l'Italie pour son métier et son plaisir.

Il est aujourd'hui commissaire général d'Europalia Italie qui aura lieu l'an prochain d'octobre à début janvier 2004. Un job à temps plein. `Et plus que cela´, dit-il. Il est passionné par son sujet. `Nous voulons surtout, tant du côté belge qu'italien, montrer l'aspect moderne et contemporain de la culture italienne. Sans négliger bien entendu, comme vous le verrez l'immense patrimoine de ce pays. L'Italie est une superpuissance culturelle puisque l'Unesco estime que 60 pc de tout le patrimoine culturel mondial se trouve en Italie! Mais c'est une culture qui n'est nullement figée, elle continue à rayonner, c'est ce que nous voulons montrer´.`J'ai voyagé partout en Italie et j'y ai rencontré des petites villes avec des monuments incroyables qui mériteraient cinq étoiles dans un guide et qui pourtant, ne sont même pas cités dans les guides italiens, tant il y a de choses à voir. A côté de Bergamo, j'ai ainsi découvert Gardino, une caverne d'Ali baba de trésors dont, à Rome, personne ne connaissait même le nom. Ou Gerarce, en Calabre, superbe. Tout le monde parle des villes-musées comme Sienne, Florence ou Venise, mais vous verrez que l'exposition qu'on fera sur Ferrere montrera une ville tout aussi riche´.

Renouer avec le grand passé

Avec l'Italie l'an prochain (et dans trois ans sans doute la Chine ou la Russie) Europalia renouera avec ses grandes années. L'Italie est si riche et fascinante que le succès est garanti.

Les expositions seront très nombreuses. Avant tout, il y aura la grande exposition au Palais des Beaux arts de Bruxelles dont le commissaire sera... Umberto Eco. Patrick Nothomb et Paul Dujardin, le directeur du Palais des Beaux arts, l'ont longuement rencontré à Milan. Eco leur a expliqué qu'on voyait déjà tant de musées sans plus rien retenir tant il y avait de tableaux à admirer. Il rêvait d'une grande exposition centrée sur un seul tableau. Il la réalisera à Bruxelles autour de la `Vénus d'Urbino´ du Titien. Tout tournera autour de cette célèbre toile des Offices à Florence, avec des tableaux de ceux qui ont inspiré le Titien pour cette oeuvre et d'autres qui ont été inspirés par la suite par ce tableau. On parlera aussi des meubles qu'on reconnaît sur le tableau et même du petit chien qui apparaît. Cette exposition se prolonge jusqu'à l'époque actuelle avec des tableaux de Delvaux inspirés par cette Venus.

En parallèle, une autre exposition sera organisée au Palais des Beaux-arts (le Palais est devenu quasi le co-organisateur d'Europalia!). Elle sera centrée sur la dynastie des ducs d'Este à Ferrare. On évoquera ces grands princes de la Renaissance du 16e et 17e siècle. En parlant peinture, sculpture, mais aussi musique (le `Belge´ Josquin Desprez travaillait à la cour de Ferrare).

L'antiquité ne sera pas absente avec une exposition au Cinquantenaire qui comprendra la célèbre maquette - restaurée - de la Rome antique. A Charleroi, aura lieu une exposition sur les vues de Rome à l'époque baroque avec des gravures de Piranese.

A la BBL, à Bruxelles, une autre expo encore sera centrée sur la chapelle `dei Scrovegni´ de Giotto. Toutes les éditions de la Divine comédie de Dante seront évoquées à la Wittockmania.

A Anvers, on parlera du baroque à Gênes en faisant le parallèle avec Rubens et Van Dyck.

L'art contemporain ne sera pas oublié, au contraire. Le futurisme italien sera présenté au musée d'Ixelles. Le peintre Morandi, à Bruges. Le peintre et céramiste Ontani à Gand au Smak et de jeunes artistes contemporains seront au Botanique.

L'architecture italienne moderne sera présentée aux halles Saint-Géry et le design actuel au Grand Hornu. Le Rouge-Cloître à Bruxelles et le Mundaneum à Mons présenteront des photos. La mode sera exposée comme il se doit au musée de la mode à Anvers pour `L'art et le luxe de la soie à Gênes´.

Dans tous ces choix, souligne Patrick Nothomb, le gouvernement italien de Berlusconi n'a nullement joué, laissant carte blanche aux organisateurs. `D'ailleurs ajoute-t-il Eco n'est pas spécialement un fan de Berlusconi...´.

Moult concerts

En musique, il y aura de nombreux concerts (orchestre de la Scala de Milan, l'orchestre Giuseppe Verdi). Le festival s'ouvrira par un concert Vivaldi. Le théâtre sera présent par une pièce de Goldoni (`Arlequin servi par deux maîtres´, joué par le Piccolo Theatro de Milan) et par un Pirandello à Charleroi. La danse contemporaine italienne sera bien sûr présente. Quelque chose se prépare avec Frédéric Flamand.

En cinéma, une grande rétrospective de tous les films ayant obtenu des grands prix dans des festivals importants depuis la guerre se déroulera tout au long d'Europalia. Il y aura aussi l'action du musée du cinéma. Et un gala en octobre avec le dernier grand film italien montré en avant-première.

Europalia et Patrick Nothomb y croient ferme. Le public renouera avec le passé brillant du festival. Même si, déjà cette année, Europalia Bulgarie fut un succès.

© La Libre Belgique 2002