Arts et Expos Exposition: "Les Yézidis. Un peuple entre exil et résistance" de Johanna de Tessières et Christophe Lamfalussy.

"Les Yézidis, un peuple entre exil et résistance" en cours actuellement à l’Espace d’architecture de la place Flagey à Bruxelles a été conçue comme un outil pédagogique par ses concepteurs (1). L’excellent travail photographique et journalistique de Johanna de Tessières et Christophe Lamfalussy, nos collègues de "La Libre", a été scénarisé pour permettre une lecture à la fois sensible et approfondie de la longue piste des larmes de cette communauté du nord de l’Irak et ceci à destination d’un public large.

Prise de conscience

Il est intéressant de noter que les images exposées n’affichent aucune violence. Pourtant, en 2014, l’Etat Islamique s’est emparé du fief principal des Yézidis, à savoir la ville de Sinjar et de ses environs, massacrant les hommes et emmenant les femmes et les enfants en esclavage. Ce que nous voyons dans cette exposition est en fait le résultat de cette guerre et plus exactement la résilience au quotidien, mais le témoignage n’en est pas moins fort. En voyant comment vivent au jour le jour les Yézidis soit dans des camps, soit en exil, le visiteur est gagné par l’empathie alors que des images dures du conflit auraient tout au plus suscité sa pitié.

Pourtant, dans leur excellent essai "À fendre le cœur le plus dur" paru aux éditions "Inculte" l’an passé, Jérôme Ferrari et Oliver Rohe notent : "Certaines choses ne devraient pas exister. Mais puisqu’elles existent, il n’est peut-être pas plus obscène de prendre en compte leur réalité que de la nier." Ils n’ont pas tort, mais la retenue de cette exposition-ci fait la démonstration que l’on peut prendre en compte une réalité autrement qu’en la montrant directement. En tout cas, si la représentation de la violence peut favoriser la prise de conscience d’un drame jusque-là grandement méconnu, elle peut aussi le rendre inassimilable.

Voir des femmes yezidies dans la difficulté toute simple de préparer des repas dans leur camp de réfugiés permet sans aucun doute mieux au public de s’identifier à elles, de ressentir leur situation. Voir des familles dans leurs nouveaux lieux de vie en Allemagne ou en Belgique, également. Tout ceci à rebours du "choc des photos" donc, mais pas du "poids des mots" qui justement ici complètent le ressenti en offrant une compréhension nuancée des enjeux.

Le dispositif de cette exposition ainsi que sa finalité pédagogique rappellent ceux de l’exposition "Je suis humain" réalisée par l’agence Huma - dont fait partie Johanna de Tessières - pour Amnesty international l’an passé. Nous soulignions alors (Art Libre 05/07/2017) que la compréhension des trajets de vie des migrants permet d’éviter les stéréotypes de la "douleur des autres" (2). Que ce soit la même démarche didactique qui prévale six mois plus tard n’est pas un hasard et marque le choix résolu d’une voie journalistique plutôt que celle - bien plus facile - du spectaculaire.

(1) "Démocratie ou barbarie" et ULB coopération

(2) "Devant la douleur des autres", Susan Sontag, Christian Bourgois Editeur, 2003.