Arts et Expos Au Muhka, rétrospective foisonnante de l’œuvre interdisciplinaire d’AMVK.

L’expo consacrée à Anne-Mie Van Kerckhoven (AMVK), déployée sur un étage du musée dans un dispositif mettant en valeur tous les aspects d’une expression polymorphe, proclame avant tout la complexité d’une œuvre dont l’image la plus récurrente est celle de la femme. L’ensemble peut apparaître dès lors comme un autoportrait aux multiples facettes d’une personnalité qui se penche sur son état et son statut de femme, sur l’image qu’elle en livre particulièrement colorée mais également incertaine, autant que sur des aspects sociaux, politiques, scientifiques, sociétaux qui la préoccupent. Et qui peuvent agir sur elle-même en tant que personne évoluant dans un monde donné. Dans ce cheminement tout est de l’ordre de l’expérience, de la réflexion, de la recherche, de l’interrogation. Si la figure la plus répandue est celle d’une femme dont le visage et le corps sont déformés comme ils peuvent l’être sur un écran qui bugge, c’est vraisemblablement pour traduire un état d’instabilité constante, de questionnement incessant, dans lequel se trouve l’être humain confronté à la vie et sa propre évolution mentale, corporelle, spirituelle… Rien n’est fixe ni définitif et certainement pas nous-mêmes.

Au centre, l’humain

Artistiquement, AMVK (Anvers, 1950) active depuis les années septante, s’est emparée des moyens, des matériaux, des formes d’expression, des couleurs un peu héritées du psychédélique, de cette époque, et qui plus est d’un état d’esprit et d’un mode d’action empirique, à la manière des scientifiques avec qui elle collabore régulièrement. Cet axe de recherche l’a aussi conduite à s’impliquer (avec Dany Devos) dans la sphère musicale et sonore (bruitiste !), ainsi qu’à joindre le texte aux images, non pour les expliquer mais pour les sous-tendre des réflexions qui les ont fait naître. Le plus paradoxal peut-être, au vu de cette prolifération imagière, est de constater que le dessin, simple, schématique mais percutant en ses effets, est la base des principaux travaux. Elle en expose une impressionnante série de 1970 à 2017 dont le sujet central est l’être humain. Une autre série marquante, datant de 1987-1990, se compose de 54 portraits d’amis et de connaissances peints en gros plan. On ne s’étonnera pas en revanche du fait qu’elle a pratiqué d’emblée la performance, c’est-à-dire l’implication de soi, physique et mentale.

Foisonnement interrogatif

Au gré des attirances, on circule dans cette exposition prolixe comme dans une ville aux mille éclats scintillants, aux mille bruits, intéressé et quelque peu débordé, décontenancé, par la multiplicité des informations et des sollicitations qui vont d’une image érotisée à un graphisme abstrait en boîte lumineuse, d’un collage à un décor de ballet, de mises en scène d’espaces philosophiques dédiés à Bataille, Baudelaire ou Houellebecq, à une installation de télévisions tournantes montrant un homme se débattant contre son destin d’aliéné. La technologie est au rendez-vous autant que les miroirs et que les mots qui nous clament "Indépendance" sur fond d’une silhouette féminine, ou qui constatent "l’impossibilité de communiquer" alors qu’on est submergés de documents, news, de questions, de propositions… AMVK nous livre, sans littéralité, sans évidence, un monde un peu en pagaille duquel il faut sortir !Claude Lorent

AMVK - Anne-Mie Van Kerckhoven, parcours rétrospectif. Muhka, Leuvenstraat, 32, 2000 Anvers. Jusqu’au 13 mai. Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h, jeudi jusqu’à 21 h. Excellent catalogue. www.muhka.be