Arts et Expos

Que retenir de 2011 en arts plastiques ? La Biennale de Venise fut inégale avec une sélection décevante de la commissaire, sauf l’exceptionnel "The Clock" de Christian Marclay qui a choisi des milliers de courts extraits de films pour composer une œuvre de 24 h où, à chaque instant, on voit une montre ou une horloge qui donne la "vraie heure" (quand pourra-t-on la voir à Bruxelles ?). Quelques réussites aussi dans les pavillons nationaux, comme Mike Nelson pour la Grande-Bretagne, Sigalit Landau pour Israël et Yael Bartana pour la Pologne. La Biennale de Lyon, menée par Victoria Noorthoorn, fut très réussie, mettant en lumière quantité d’artistes peu connus venus d’Amérique latine et tous passionnants. Kapoor au Grand Palais fut spectaculaire et grand public, Richter à Londres fut magnifique. Bref, une année riche, et le marché de l’art contemporain a continué à flamber grâce à l’arrivée de nouveaux et richissimes acheteurs de l’Est ou d’Asie. 2011 fut aussi l’année du MAS, à Anvers, dont le succès fut aussi triomphal qu’inattendu avec, sans doute, un million de visiteurs pour sa première année. Ce fut aussi l’année d’un débat qui se poursuit après l’annonce - fortement contestée - de la fermeture temporaire (mais sine die) du musée d’Art moderne et contemporain de Bruxelles. 2011 fut aussi l’année où l’artiste dissident chinois Ai Weiwei fut emprisonné, suscitant une vaste campagne de soutien international et en Chine.

2011 fut aussi l’année du Wiels qui a réussi à assurer sa pérennité financière et a marqué l’année par ses expos qui l’inscrivent encore davantage dans le paysage international. Nous avons demandé à son directeur Dirk Snauwaert de commenter 2011.

Le Wiels : "Nous avons pu confirmer nos promesses et nos possibilités, et cela avec des artistes qui n’étaient pas a priori faciles. Tout le monde, aujourd’hui, applaudit Francis Alÿs, mais peu de Belges le connaissaient quand nous l’avons programmé. Il y eut aussi David Claerbout et Alina Szapocznikow dont le succès est revenu en force comme en témoigne le choix de Pierre Bergé de vendre à Bruxelles une de ses lampes bouche au prix record de 400000 euros. Pour cette expo et pour Alÿs, nous avons travaillé avec le MoMA. Nous avons aussi mis en lumière des artistes comme Charlotte Beaudry et Sven Augustijnen qui ont rencontré un beau public (l’expo Augustijnen est citée dans le hit-parade 2011 d’Artforum)."

Bruxelles, capitale de l’art contemporain : "Des centaines de Français riches se sont installés à Bxl et achètent de l’art. Nous l’avons vu lors d’une soirée de soutien au Wiels où les acheteurs français ont trusté les œuvres mises en vente. De nombreux jeunes artistes s’installent à Bxl, quittant parfois Berlin. 70 % des 27 artistes étrangers, passés en résidence au Wiels, ont choisi de rester à Bxl. Ce qui les attire, c’est la grande qualité de l’offre culturelle : cinéma, musique, théâtre, danse, mode, archi. Ils cherchent l’interdisciplinarité et la proximité avec les autres arts."

La fermeture sine die du musée d’Art moderne et contemporain : "Le problème est plus large. Il existe d’autres musées d’art contemporain en Belgique (Muhka, Smak, Ostende, Mac’s), mais je ne connais pas leur ligne d’achats. Ils ont des budgets, mais qu’en font-ils exactement ? Quelles sont les lignes qu’ils suivent pour construire une collection ? Car il faut choisir, on ne peut à la fois collectionner en profondeur et en prospective. N’y a-t-il pas le risque que le volet collections cède le pas au volet expositions, le musée devenant alors un plateau d’expos comme le sont le Wiels ou Bozar ? Mais ce serait alors négliger le devoir d’historisation qu’ont les musées. Je remarque aussi que la dynamique vient encore souvent des privés : artistes, galeries, collectionneurs qui ouvrent leurs collections au public. Un musée comme le Dhondt Dhaenens, à Gand, utilise bien cette force du privé pour monter d’intéressantes expos. Le potentiel à Bxl est énorme, certains disent qu’après Londres, c’est la région la plus prospère d’Europe. En ce qui concerne la fermeture du musée d’Art moderne, il y a d’abord la responsabilité de la Régie des bâtiments qui a mal géré la rénovation des salles. Mais il reste qu’il est invraisemblable qu’une nation moderne supprime pour sans doute dix à quinze ans, le récit symbolique de son Histoire de l’art. Deux générations d’étudiants en art seront, sans doute, privés de cette Histoire. On parle d’un futur musée au Heysel, mais ce serait absurde, car les musées doivent être au centre des villes et participer à leur dynamique. On parle aussi de le construire au-dessus de l’autoroute urbaine du parc du Cinquantenaire, mais jamais aucun assureur n’acceptera un tel risque ! Et le bâtiment Dexia ne convient pas à un musée d’art contemporain. On aurait pu réfléchir autrement et installer, par exemple, le futur musée du XIXe siècle à l’ancienne Bourse. Mais je vois que cette question ne suscite pas de vrai intérêt côté néerlandophone et laisse les responsables francophones muets."

Le marché qui flambe. "Cela pose la question éthique de savoir pour qui on travaille. Si certains artistes atteignent des prix record, ce sont les propriétaires des œuvres qui en profitent, mais peu le milieu artistique. C’est comme en économie où le secteur productif bénéficie peu des bénéfices des purs financiers. Pour contrer ce volet marché, Wiels organise des résidences, mais s’implique fortement dans la Collection Canvas/RTBF qui vise les amateurs et enthousiastes de toute nature."

Ses expos 2011. "Richter à la Tate à Londres, mais aussi la découverte de la maison de Vasari à Arezzo et la villa Doria à Gênes. On y voit comment l’art de cette époque participait à une démonstration de force politique et économique."

L’art devenu trophée de la puissance des riches. "Il faut revenir à la radicalité de l’art ou, du moins, à la normalité, l’objet d’art doit redevenir un objet qui fait réfléchir sur le regard. Qu’est-ce que cela veut dire regarder ? Une œuvre d’art est un objet qui pense."

L’expo Cattelan à New York. "Cattelan a bien vu que son succès même réduisait considérablement son territoire. Il a vu que ce qu’il fait n’a désormais plus d’importance et n’a plus de sens, car il est happé par le marché. Il a donc décidé de tout montrer à la fois, sans sens, ni contexte, comme des reliques d’une Histoire qui fut. Ce qui est peut-être, finalement, la fonction d’un musée."