“Eyes Wild Open”, la prise de vue au plus près de la vie

Jean-Marc Bodson Publié le - Mis à jour le

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Arts et Expos

Au Botanique, les contours d’un courant “existentialiste” de la photographie en 28 auteurs.

“Eyes Wild Open. Sur une photographie qui tremble…” qui vient de s’ouvrir au Botanique à Bruxelles s’impose d’emblée comme un repère de l’histoire de la photographie dans la mesure où elle présente pour la première fois tout un courant informel et néanmoins important du medium. Didactique, mais pas pesamment, elle rend lisible et plus compréhensible des œuvres d’artistes qui ne se connaissent pas nécessairement, mais qui partagent une esthétique âpre, noire, peu nette et ont surtout en commun de considérer la photographie plus comme une façon de vivre que de fabriquer des représentations.

Légitimation

Dans le texte du livre “Nuage/Soleil” de Bernard Plossu, Serge Tisseron pointait finement la pertinence des images tremblées de son co-auteur en distinguant ceux pour qui la photographie constitue un moyen d’être “dans” le monde en acte et en image, de ceux pour qui elle constitue un moyen d’être “devant” le monde. La plupart des auteurs présentés dans “Eyes Wild Open” relèvent clairement de cette première catégorie pour laquelle “le geste photographique devient presque l’équivalent de l’acte perceptif”. Le grain, le flou, le cadrage de guingois, bref le manque de contrôle ne dénoncent pas chez eux une quelconque médiocrité, mais attestent de l’urgence dans laquelle la prise de vue a été réalisée. Ils sont la marque de l’authenticité du geste.

Les figures tutélaires de cette mouvance que l’on pourrait qualifier d’existentialiste sont présentées au début de l’exposition : Robert Frank, Christer Strömholm, Ed van der Elsken et William Klein. Elles sont suivies par la génération des Andres Petersen, Daido Moriyama et autres Miyako Ishuchi, puis par celle des Michael Ackerman, JH Engström, Antoine d’Agata et enfin par celles des tout jeunes Yusuf Sevinçli (exposé également en solo à la Galerie du Bota), Sohrab Hura et Sébastien Van Malleghem. Vingt-huit photographes, c’est beaucoup, mais nécessaire à cette démonstration qui pour s’ancrer dans l’histoire va jusqu’à s’appuyer sur une ligne du temps.

© "Eyeball" de Daido Moriyama

L’exposition, mais aussi le catalogue remarquable qui convoque le témoignage d’acteurs importants de la photographie française de ces trois ou quatre dernières décennies, créent de facto un courant (énoncer, c’est faire exister) et légitiment des artistes moins connus en les y intégrant.

Comme le fait remarquer Caroline Bénichou dans la préface, les choix de la commissaire Marie Sordat “sont fortement, et forcément, subjectifs”. La plupart d’ailleurs sont clairement justifiés, mais quelques-uns semblent ne devoir leur place qu’à une esthétique de surface – un tremblement pictorialiste en fait – traduisant une posture plutôt qu’un réel engagement. Mais cette usurpation, très marginale qu’on se rassure, ne fait que confirmer par antiphrase la réalité de ce mouvement magnifiquement mis au jour par “Eyes Wild Open”.

> “Subway” de Michael Ackerman.

> “Eyeball” ou l’œil grand ouvert selon Daido Moriyama.

Jean-Marc Bodson

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