Arts et Expos

En parallèle à Art Brussels, Fabrice Samyn présente sept performances/danses sur le souffle, au Kaaitheater.

Fabrice Samyn, 36 ans, un de nos artistes les plus créatifs, construit une oeuvre touchant autant à la peinture qu’à la photographie, le dessin, la sculpture ou l’installation. Associant les contraires, il est un artiste conceptuel mais en même temps un artiste sensuel et spirituel, travaillant des thématiques comme le temps, la lumière, le clivage entre idolâtrie et iconoclasme, les formes de dualités.

La performance fait partie de cet ensemble, toutes ses oeuvres étant comme reliées dans un grand cercle. Quand il avait peint à la feuille d’or les noms gravés dans les arbres de nos parcs, les avait ensuite photographiés et les avait réunis dans des livres, il a alors durant deux jours crié ces prénoms dans la grande salle du Palais de Justice de Bruxelles.

Dans ses performances, le souffle intervient souvent, il les appelle « Breath Pieces », chacune suivant un autre protocole, mais chaque fois basé sur le rythme d’une inspiration suivie d’une expiration. Dans l’une d’elle, à chaque inspiration, il prenait de la peinture bleue et à chaque expiration, il peignait sur un papier, laissant blanche la forme d’une fontaine. Peu à peu ses feuilles bleuies couvraient toute la pièce.

Il a réuni sept de se neuf « Breath Pieces » dans un « Breath Cycle » qui sera exceptionnellement donné samedi et dimanche à 15h aux Kaaistudios (Kaaitheater), en marge d’Art Brussels où il sera aussi, à la galerie Meessen De Clercq.

L’idolâtrie du marché

Ce seront des moments rares où pendant 2,5 heures, les spectateurs iront d’une pièce à l’autre suivre sept performances basées sur le souffle. « C’est un peu fou. Il y aura 37 performeurs pour seulement 40 spectateurs à chaque fois."

« J’ai besoin de performances et de danse car je veux aborder l’être dans toutes ses facettes mais aussi pour ne pas être enfermé, comme artiste, dans un objet. La performance me permet d’échapper à l’iconophilie, le culte d’un objet qu’on garde. Je peux aussi échapper ainsi à l’idolâtrie du marché de l’art puisque ces performances sont non vendables. »

Rentrant des Etats-Unis, il se réjouit qu’en Belgique, des performances comme celles qu’il fera au Kaaitheater, couteuses, soit encore possible grâce aux subsides publics.

Parmi les performances qu’on verra, il y a « Vanity’s ballroom » avec dix danseurs très différents, d’un danseur hip-hop à une dame de 70 ans. Ils interprètent la valse n°2 de Chostakovitch rien que par l’inspiration/expiration et ils dansent sur la musique qu’ils font ainsi. On y retrouve la réconciliation des contraires chère à Fabrice Samyn : les codes bourgeois de la valse côtoient les vêtements des soufis musulmans.

Le souffle est aussi celui de souffleur de verre avec qui il a travaillé ou celui de la tradition hébraïque où on est « soufflé » par l’Esprit plus qu’on ne souffle.

Dans une performance qu’il réalise lui-même avec Manon Santkin, il lui avait demandé ce qu’on pouvait faire le temps d’une inspiration et d’une expiration. Pendant l’expiration, les deux se déshabillent (parfois un simple bouton qu’on ouvre) et, pendant l’inspiration, ils se rhabillent. Une performance sur la lenteur, le désir, le rapport au temps, l’érotisme.

Tout en haut du Kaaitheater, un performeur aveugle prendra à chaque inspiration un peu de porcelaine fibreuse qu’il remettra à chaque expiration à un spectateur pour que celui-ci le pose, tel un nuage, sur des tables en dégradés de bleu.

Il avait travaillé sur la flamme chez Georges de la Tour. Dans une autre performance, une grand-mère et sa petite fille entourent une bougie. A chaque inspiration, la fillette allume la bougie et à chaque expiration, la grand-mère l’éteint. Une métaphore qui rappelle ce film de Marcel Broodthaers essayant en vain d’écrire un poème tandis que la pluie efface ses mots.

Dans une autre encore, les performeurs règlent leur souffle sur celui des spectateurs.

Un cycle qui éclaire ces liens si féconds entre art et danse, objets et corps vivants.

Breath Cycle, aux Kaaistudios, à Bruxelles, les 21 et 22 avril à 15h.