Arts et Expos Analyse

Surprise. Le conseil d’administration de l’UCL, réuni ce mercredi, a approuvé le projet d’installer le futur grand musée de Louvain-la-Neuve, le "Musée du dialogue", dans l’actuelle bibliothèque des sciences, un lieu très symbolique et le bâtiment sans doute le plus emblématique du site universitaire construit en 1975 par l’architecte André Jacqmain. Le musée fera plus que tripler sa surface par rapport à la situation actuelle et s’y installera fin 2015. Et avec un nouveau directeur : on a en effet appris que l’actuel directeur, Joël Roucloux, celui qui avait succédé à Ignace Vandevivere, l’initiateur du "Musée du dialogue", ne remplira pas un nouveau mandat suite à un accord entre les deux parties. L’UCL cherchera un nouveau directeur qui sera associé à ce projet.

Quelques rétroactes d’abord. Fin octobre, on apprenait, avec surprise, que le principal sponsor du futur musée de Louvain-la-Neuve, la famille de Jean Peterbroeck, qui devait y mettre dix millions d’euros, se retirait du projet. Jean Peterbroeck, il est vrai, était mort entre-temps et la crise boursière était passée aussi par là.

Cette douche froide arrêtait net le grand projet qui avait suscité un concours. En 2008, en effet, sur la base d’un concours international (38 projets présentés), c’était le projet du bureau américain Perkins + Will associé au bureau belge Emile Verhaegen qui avait été choisi. On était alors certain que l’actuel "Musée du dialogue" à Louvain-la-Neuve, bien trop à l’étroit, pourrait enfin y déménager fin 2011 et pourrait s’y développer, pièce essentielle pour l’attractivité de la ville. Le site choisi par l’UCL était alors au bord du lac, en contrebas de la Grand-Place et de l’Aula Magna, avec une vue superbe sur le plan d’eau.

Le musée devait bénéficier de 5 000 m2 (le triple de la surface du musée actuel). Ce musée se voulait un geste important d’architecture contemporaine en contraste avec l’architecture de LLN. La première chose qui frappait dans le futur musée était la verdure : une toiture de verdure et un mur de verdure, faisant lien entre la nature avoisinante et la ville. Le musée devait fermer la dalle et devenir un chemin de promenade en douceur vers les berges du lac. Le musée avait un "signal", une tour tout en courbes et ondulations qui devait être visible tant du lac que de la ville, tout en restant discrète (on n’est pas dans le grand "geste" à la Gehry).

Mais ce futur musée, une fois de plus, tombait à l’eau. Ce n’était pas la première fois. Dès le début de LLN, on envisagea un musée sur le lac avec l’architecte japonais Risho Kurokawa. Projet abandonné depuis. L’architecte Philippe Samyn avait, de son côté, dessiné un nouveau musée juste à côté de la grande Aula. Mais si cette dernière a bien été achevée, le beau musée de l’architecte est resté dans les limbes.

Fin octobre 2011, on croyait donc tout projet de nouveau musée enterré. Le musée de Perkins-Will aurait coûté au total (premières années de fonctionnement inclus) quelque vingt millions d’euros. Plus question de s’y lancer sans le sponsor qui devait apporter plus de la moitié de la somme.

"Nous tenions cependant, nous explique le recteur Bruno Delvaux, à respecter l’engagement de l’université à l’égard du public, à l’égard de la communauté universitaire et à l’égard de son intérêt pour la culture. Et nous nous sommes immédiatement attelés à chercher une autre solution. Nous avons vite vu qu’on pouvait utiliser notre patrimoine, comme la KUL l’a fait, à la place Mgr Ladeuze avec sa bibliothèque, et l’université de Gand avec la tour Van de Velde, et le mettre en valeur".

L’idée fut donc d’utiliser l’actuelle bibliothèque des sciences et des technologies, à la place des Sciences, pour en faire le musée. La bibliothèque actuelle déménageant alors dans des "locaux plus adaptés aux développements de l’enseignement et de la recherche" dans le bâtiment Lavoisier. La nouvelle bibliothèque sera prête en 2014, bénéficiera de 6 014 m2 au lieu des 5 500 m2 actuels et le déménagement/aménagement coûtera, à charge de l’université, 7, 3 millions d’euros.

La bibliothèque des sciences est un beau bâtiment de l’architecte André Jacqmain, avec son grand toit en oblique, son béton brut, sa place attenante, sa "colonnade", un bâtiment au caractère monumental et sculptural. Des plans existent pour le réaffecter en musée, avec une surface totale (bibliothèque et bâtiment annexe) de 5 500 m2 contre 1 500 m2 seulement au musée actuel. Il y aurait 2 380 m2 d’exposition, le reste étant dédié aux bureaux, ateliers, réserves, accueil du public, espaces d’animation. En prime, il y aura une cafétéria qui sera juchée au sommet de la bibliothèque et d’où les visiteurs (l’accès y sera libre) bénéficieront d’une vue superbe sur tout le site de LLN et, au loin, jusqu’au lion de Waterloo.

Ce bâtiment fut un des premiers de LLN, construit entre 1969 et 1975 par André Jacqmain (qui, tenu au courant, a marqué son accord pour cette transformation) et avec des meubles du designer Jules Wabbes. Pour le recteur Bruno Delvaux, ce choix consolide l’idée d’un "Musée du dialogue" (un concept lié aux collections de ce musée, constituées essentiellement de dons et, par nature, relativement hétéroclites). "Ce choix noue un dialogue avec l’histoire même de ce site universitaire, reliera le centre historique avec le reste de la ville, dialogue entre les sciences humaines et artistiques et les sciences et technologies, et sera de plus d’un coût raisonnable." Le prix sera en effet moitié moindre que le musée de Perkins-Will. On l’estime à 8,8 millions d’euros et un million de plus pour l’aménagement du quartier. Il s’agira ainsi d’améliorer les performances énergétiques, l’éclairage et la climatisation, les réserves, les cimaises pour les grandes œuvres. Si l’UCL paiera une partie, il faudra aussi se tourner vers des mécènes. A côté de la famille Peterbroeck, il y avait d’autres mécènes qui avaient marqué leur intérêt (les Dumonceau par exemple). L’ouverture est prévue en décembre 2015.

Ce projet se place, d’autre part, dans le cadre d’un projet de revitalisation urbaine du quartier alentour. Ce projet renforcera les liaisons transversales vers la place des Sciences et assurera la rénovation et l’animation des lieux publics voisins. Plusieurs passerelles seront, par exemple, créées. "L’objectif est de réaliser un large brassage de population et un brassage des disciplines universitaires au niveau culturel et en termes d’activités." L’université devrait en profiter pour réaliser un parcours culturel à travers la ville avec ses musées (n’oublions pas le musée Hergé) et ses sculptures dans l’espace public.

En 2007, André Jacqmain évoquait ainsi la création de sa bibliothèque : "Il fallait dégager ses propres raisons, façonner son originalité et, si possible, dépasser la réponse fonctionnelle en apportant au projet une émotion et même un mystère. Les exemples de très belles bibliothèques ne manquent pas". "L’oblique - volontariste sans hésitation - de la grande toiture range la bibliothèque parmi les ouvrages qui manifestent une modernité différente."