Arts et Expos

Belle exposition d’art contemporain dans le château, sur l’artiste en chevalier se battant pour ses idéaux

Le thème de la nouvelle exposition d’art contemporain dans le château de Gaasbeek, près de Bruxelles est « The Artist/Knight », l’artiste comme chevalier. Le sujet semble lié au château construit en 1240, en pleine époque de chevalerie. Mais ceux qui pensent y retrouver les fracas romantiques de Lancelot et les rêves de Don Quichotte seront surpris.

L’expo qui invite de grands artistes d’aujourd’hui, montre que le chevalier actuel est souvent l’artiste contemporain. Celui-ci est un « guerrier de la beauté », dirait Jan Fabre avec qui la commissaire Joanna De Vos a souvent travaillé.

Dans le parc du château, Kris Martin a déposé un énorme boulet de canon en acier qui enferme, dit-il, un mécanisme qui explosera dans 100000 ans. Le message est là: l’art est un combat explosif et il joue sur la durée.

A l’entrée du parcours, une vidéo noir et blanc montre la performeuse Marina Abramovic immobile sur un cheval blanc et tenant un drapeau blanc tandis que résonnent des chansons populaires de sa Serbie natale. Seuls l’oriflamme et la crinière du cheval bougent au vent. Un rappel des guerres en ex-Yougoslavie.

A Kaboul

Le message est encore plus clair dans l’ex-chambre à coucher de la marquise Arconati Visconti qui fut une féministe et amie de Dreyfus. Au-dessus de son lit, est accrochée l’armure aux formes très sensuelles qu’a revêtue la jeune artiste afghane Kubra Khademi (née en 1989) dans les rues de Kaboul. Une vidéo montre sa performance quand elle fut houspillée et menacée par la foule mais qu’elle avance bravement pour affirmer sa liberté. Elle dut fuir son pays et se réfugier à Paris où -ironie des mots- elle a été faite « chevalier de l’Ordre des arts et des lettres ».

© courtesy the artist, photo Naim Karimi

Si aujourd’hui le titre de « chevalier » n’est plus -quasi- que le plus petit des titres de noblesse, il trône encore très haut dans les mythes.

Le chevalier combat parfois pour le pire. Hans Van Houwelingen photographie des jeunes portant la swatiska nazie comme un idéal de chevalerie. Et Meiro Koizumi projette sur quatre écrans, la vidéo d’un jeune samouraï faisant son adieu à sa famille avant de se faire tuer. Le metteur en scène lui demande d’y mettre sans cesse plus d’émotion jusqu’à ce qu’il tombe en larmes. Comment ne pas associer à ces images, celles des candidats au suicide aujourd’hui, recrutés par Daesh et les autres?

Le combat peut être intérieur comme le montrent les peintures troublantes de la Bulgare Oda Jaune qui semble représenter son monde intérieur torturé, comme sorti de son corps. Ou Jan Fabre dans une performance, en Lancelot se battant obstinément, jusqu'à épuisement total, contre lui-même.


Le jeu d’échecs

Une autre métaphore du chevalier est le jeu d’échecs et en particulier le mouvement du cheval, latéral et surprenant. L’expo montre quatre variantes de ce jeu imaginées par de grands artistes. Yoko Ono a inventé un beau jeu tout blanc où il faut quelques secondes pour se rendre compte que toutes les pièces étant blanches, le combat devient impossible. Il ne reste que le plaisir de bouger les pièces.

© Reykjavik Art Museum; photo Arnaldur Halldorsson

Damien Hirst a construit un jeu où l’échiquier rappelle le danger de mort et les pièces sont des médicaments rangés dans une pharmacie. On joue avec sa vie.

Tracey Emin a brodé son jeu d’échecs et y a mis des allusions sexuelles. Le jeu de l’amour est un combat d’échecs.

Barbara Kruger a sonorisé chaque pièce de son jeu. Quand on en soulève une, on entend des vociférations et des imprécations.

Il y a quelques surprises dans le parcours. Dans la tour, on découvre l’expo dans l’expo, consacrée au peintre roumain Horia Damian (1922-2012) qui s’est souvent représenté en chevalier mort ou endormi. Des oeuvres qui rappellent « Le Christ mort » de Mantegna ou les peintures d’Uccello.

L’artiste grecque Eleni Mylonas, née en 1944, est une combattante de l’art qui se bat pour ses idéaux politiques. Elle se photographie affublée de casseroles sur la tête comme les femmes qui manifestaient à la place Tahrir au Caire.

L’artiste comme héritier de l’idéal chevaleresque n’est pas une thèse uniquement contemporaine. Joanna De Vos le rappelle en glissant dans l’expo des œuvres de Lewis Corinth, Fontana et Ensor témoignant que la métaphore est ancienne déjà.


« The Artist/Knight », au château de Gaasbeek, avec guide du visiteur, près de Bruxelles, jusqu'au 5 novembre, fermé le lundi. www.kasteelvangaasbeek.be