Gaël Turine fait parler les corps

Jonas Legge Publié le - Mis à jour le

Arts visuels Au fil des projets Gaël Turine s'est construit un univers au sein duquel l'humain a toujours trouvé une place centrale. Chez lui, nulle extravagance ou superficialité. C'est dans la simplicité d'un geste ou dans la spontanéité d'un regard que le travail de ce photographe se décline. Et, lorsqu'il s'associe au art & marges musée, son œuvre prend tout son sens. 

A l'occasion du projet "Portraits d'une collection", Gaël Turine est allé à la rencontre de 25 artistes psychologiquement fragilisés ou atteints d'un handicap mental. Il les a photographiés, certains chez eux, d'autres dans des institutions. "Mais toujours dans un lieu symbolisant leur créativité et leur création", insiste l’auteur des prises de vue. Car ce n'est pas la déficience qu'il a voulu montrer, mais l'artiste et son environnement. D'ailleurs, chacun des portraits est associé - physiquement dans l'exposition et en image dans le livre - aux œuvres des modèles.

 

Le portrait d'Yves Fleuri et son œuvre.

 

Sur les photos, les regards sont parfois fuyants, parfois très insistants. Les postures font montre d'une personnalité tantôt affirmée tantôt davantage introvertie. Il résulte de ce travail un subtil mélange d'humanité et de pudeur, où la singularité de Fernanda Reyns, comme celle de Jeroen Hollander, de Pascal Tassini, ou celle des autres se laisse appréhender en évitant tout voyeurisme. "J'aurais pu faire des portraits beaucoup plus durs, stigmatisants et, forcément, impressionnants pour souligner le handicap. Mais ce n'est pas mon propos", signale le photographe. 

Gaël Turine a donc opté pour un format d'image 'plein pied', qui laisse beaucoup d'espace autour de ses modèles. "Cela permet de faire parler le corps, car le handicap se rapporte sur le corps, tout en évitant d'en accentuer les particularités." Le parallèle avec Diane Arbus ne peut échapper à l’œil averti. Pourtant, bien qu'il reconnaisse s'être replongé dans des livres dédiés à cette photographe américaine des années 1960, Gaël Turine tient à s'en distancer. "C'est une immense portraitiste mais elle joue parfois avec l'anomalie pour la révéler d'autant plus, en la ceinturant. Son géant, elle le place dans un salon, son môme à la grenade, elle le cadre pour faire davantage ressortir la tension. Moi, j'ai évité toute stigmatisation." 

 

Le portrait de Christiane Boden et son œuvre.

 

Le photographe a également tenu à tisser des contacts avec chacun des artistes, pour tenter d'acquérir leur confiance. "Dans certains pays, je rencontre le problème de la langue, mais il est supplanté par la gestuelle ou par certains mots. Dans ce cas-ci, j'ai dû faire face à des personnes à qui il était inutile d'adresser la parole car elles sont dans des états psychiques qui empêchent le contact ou parce qu'elles sont remplies de masques de protection. Par contre, avec d'autres, il y a une simplicité de rapport qui dépasse toutes les normes que nous avons dans les rapports sociaux et culturels. Mais, dans l'ensemble, j'ai l'impression d'avoir pénétré des univers très différents les uns des autres. Et certains m'ont solidement bouleversé."

Cette émotion transparait dans chaque image prise individuellement. Mais également dans la succession de ces portraits qui tend alors à nous rapprocher de ces artistes qui nous paraissent subitement si familiers. 

"Portraits d'une collection", exposition à voir du 15 juin au 7 octobre 2012 au art & marges musée, 314 rue Haute à Bruxelles.

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