Arts et Expos

C’est une exposition particulièrement dense. A la fois par le nombre d’images présentées -presque 200 photos- et par le sujet, puisqu’il s’agit du conflit israélo-palestinien. Son auteur, le photographe Bruno Stevens présente la somme d’une dizaine d’années de reportages fréquents au gré des événements par ailleurs toujours dramatiques. De l’intitulé "Ground", il précise qu’on peut y voir deux significations. La première, évidente, se réfère à ce sol disputé par deux peuples depuis 1920 sans qu’aucune solution ne soit jamais trouvée. La deuxième fait allusion au participe passé du verbe "to grind" qui en anglais signifie "moudre, broyer" et donc au sort du peuple palestinien "réduit en poussière par le peuple d’Israël".

Difficile de ne pas le croire lorsqu’on voit les malheurs et drames encourus par toute une population qui semble de fait dépourvue de tout droit. Si les images disent de manière très directe les tragédies qui s’accumulent inexorablement, les légendes le crient avec encore plus de force. C’est d’ailleurs à mettre au crédit du professionnalisme du photojournaliste qui ne se contente pas d’émouvoir, mais étaie avec précision ce qu’il nous montre. Comme, par exemple, pour l’image ci-dessus : " Sans aucun avertissement ou aucune explication, le hameau bédouin de Wad Al Amaher au sud de Hébron est rasé par l’IDF. Les habitants n’ont eu que quelques minutes pour ramasser toutes leurs possessions. Deux bus remplis de soldats sont arrivés à 11h du matin, suivis de quatre bulldozers. Ils ont quitté le site vers 13h30. Dans cet intervalle, ils ont entièrement démoli les cinq maisons, tué la plupart des animaux domestiques et la volaille et détruit les réserves d’aliments des familles. Cette action fut probablement menée en vue de renforcer l’encerclement de Samua, une petite ville palestinienne au sud de Hébron, aux bords du désert du Néguev. La population bédouine est loin d’être politiquement active et ne participe quasiment jamais aux actions violentes envers l’Etat d’Israël ." Chacune des légendes se retrouve dans un carnet trilingue distribué aux visiteurs. Autant dire que l’exposition ne peut pas laisser indifférent. La présentation est impeccable, on regrette simplement cette manie chez Stevens de composer parfois des ensembles de 8 ou 10 images serrées qui rendent leur lecture fastidieuse. Mais à part cela, il est évident que son travail est exemplaire. Tout autant par la qualité des photographies ni racoleuses ni esthétisantes que par la précision des informations qui les accompagnent.

A coup sûr le travail d’un photographe "de guerre" comme on en voit peu.

"Ground, Palestine 2000-2010", photographies de Bruno Stevens. Gand, Kunsthal, Sint-Pietersabdij, Sint-Pietersplein, 9. Jusqu’au 18 septembre, tous les jours sauf le lundi de 10 à 18h. Rens. : www.gent.be/sintpietersabdij

Livre : "Ground", Editions Lanoo, photos de Bruno Stevens, textes de Gideon Levy et Robert Fisk, 208 pages, 49 €.