Henri Lacoste, un grand à redécouvrir

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Parmi les architectes de la première partie du vingtième siècle, Henri Lacoste n'a pas toujours la place qu'il mérite. C'est pourquoi Maurice Culot, la Fondation pour l'architecture et les archives d'architecture moderne ont monté cette grande expo qui occupe tous les locaux du Civa et de la Loge, à Bruxelles. Elle se doublera en janvier d'un gros livre sur l'oeuvre de Lacoste. L'expo réussit à restituer toutes les qualités architecturales, artistiques et pédagogiques d'Henri Lacoste.

Souvent les expositions d'architectes sont austères, mais, ici, on bénéficie des talents de dessinateur d'Henri Lacoste qui fait de ses projets -parfois très futuristes- des oeuvres d'art à l'aquarelle, qui nous plongent dans un monde Art Deco. Henri Lacoste qui laisse 8000 dessins fut un grand dessinateur toute sa vie.

Il suivit ses études avant 1914, d'abord à Bruxelles à l'Académie, dont il deviendre ensuite professeur pendant 40 ans, et ensuite une seconde fois à Paris aux Beaux-arts!

A cette époque naissait le mouvement moderne qui entendait faire du passé table rase. Louis Herman De Kooning exprime bien ce mouvement avec ses maisons si pures. Henri Lacoste réagit d'une toute autre manière. Pour lui, «l'ignorance n'est pas une vertu», et il enseigne inlassablement que la connaissance du passé est fondamentale pour créer une architecture contemporaine. «Il faut étudier le passé, pas le copier» disait-il à ses élèves qui ont noms André Jacqmain, Paul Mignot, Claude Strebelle ou Jacques Moeschal.

Cet art proche de l'éclectisme se retrouve dans sa maison personnelle à Auderghem où l'on remarque des éléments grecs, assyriens, égyptiens, médiévaux, renaissances et des parties très contemporaines Art Deco.

Henri Lacoste a aussi développé toute une architecture funéraire et commémorative dont on voit à l'expo, les plans audacieux . Très croyant, il réalisa nombre de bâtiments religieux. Dont l'impressionante église de Zwartberg en Campine, «une cathédrale minière», qui donne lieu dans l'expo, à une maquette superbe du plasticien Hans Op de Beeck, frappé par la monumentalité de cette église. Il l'a reproduite dans une couleur gris nuit, avec au mur un grand ciel nuageux à la Rubens.

Comme une mosquée!

On remarquera aussi son projet très futuriste de basilique de Beauraing. Et surtout son pavillon de la vie catholique réalisé pour l'expo universelle de Bruxelles en 1935 et qui ressemblait, disaient ses détracteurs ultra catholiques, à une mosquée avec ses tours, jumelles des minarets d'Istambul. Il réalisa aussi la grande bibliothèque de Louvain, place Ladeuze, que les anciens louvanitses connaissent bien.

Les expos universelles furent bien sûr un prétexte idéal pour qu'Henri Lacoste lache son imagination et signe ses créations les plus Art Deco, avec là aussi des aquarelles très poétiques.

Apamée en Syrie

Henri Lacoste joua un grand rôle dans la conservation du patrimoine et dans les recherches archéologiques. Tout un pan de l'expo y est consacré.

Il a travaillé à Delphes, comme à la cathédrale de Tournai, il construisit l'énorme maquette de Rome qu'on peut admirer au Cinquantenaire dans le cadre de l'exposition sur Pompéï. Il travailla pour Jerusalem, mais ce sont surtout les fouilles d'Apamée en Syrie qui sont restées célèbres. Il contribua à la mise à jour de cette ancienne ville romaine, un des grands chantiers des archéologues belges. Cet aspect-là de l'oeuvre de Lacoste a été illustré à sa manière à l'expo par l'artiste Emilio Lopez Menchero qui a dessiné un Lacoste imaginaire en pleines fouilles et qui a orné l'entrée du musée d'une giganteque girafe, hommage au goût africain de l'architecte. On le retrouve à la Loge, le musée de l'architecture situé en face du Civa. L'expo y montre les projets africains de Lacoste : pavillons d'expos, implantations religieuses, etc...

Le dernier volet est consacré à son travail de pédagogue, éloquent, savant et enthousiaste. L'architecte André Jacqmain qui fut son élève en parlait dans «La Libre essentielle»;: «Henri Lacoste, architecte, le plus captivant, conteur de mille journées d'école, maintenait l'architecture au plan de l'imagination. L'architecture était, pour lui, idée poétique ou aventure romanesque. Laissant là les justifications fonctionnelles, il parlait..».

A la Loge, une expo personnelle honore le travail de Paul Mignot, élève de Lacoste et architecte toujours en pleine activité créative.

«Henri Lacoste. Un imaginaire Art Deco», jusqu'au 21 mars 2004, 55 rue de l'Ermitage, 1050 Bruxelles. Tél.: 02/642.24.80. Tous les jours, sauf lundi, de 12h à 18h, et jusqu'à 21h le mercredi.

© La Libre Belgique 2003

Guy Duplat

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