Hommage à Jacques Moeschal

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Nous avions seize ans et découvrions, éblouis, attraction majeure de l’Expo 58, cette Flèche d’un Génie civil qu’un jeune sculpteur, défiant toutes les lois de l’équilibre, avait édifiée au-dessus d’une grande carte de Belgique, symbole d’une unité pas encore bafouée. Et nous nous souvenons du reportage que fit alors, sur les petits écrans d’une télévision belge encore balbutiante, un René Thierry qui n’avait pas craint de s’engager pieds dans l’eau sous l’audacieuse portée de béton. Cette œuvre emblématique n’est plus.

En 1970, des pelleteuses iconoclastes l’ont réduite à néant. Qu’importe, Moeschal et ses compagnons d’aventure, l’architecte Van Dosselaer et l’ingénieur Paduart, avaient marqué les esprits avec une prouesse technique inédite. Et le sculpteur baliserait bientôt sa vie d’autres signaux mémorables. Le saviez-vous : c’est lui aussi qui signa la superbe envolée de béton installée, il y a longtemps, à l’entrée de l’autoroute de la mer; lui qui, symbolisant dans l’abstraction des mains fraternelles, "un signe d’amitié", érigea, en 1973, autre prouesse, le signal de l’ancienne douane de la frontière franco-belge entre Mons et Valenciennes; lui encore qu’on retrouve en fronton d’un mur de la banque Dexia ou au rond-point de la Porte de Namur avec une pièce en métal, hélas! raccourcie sans respect pour la proposition artistique; et lui qui vous ouvre ses bras d’acier à l’entrée des parkings de la Toison d’Or. Fier de ses origines, Jacques Moeschal, disparu à un bel âge il y a une douzaine d’années, n’en avait pas moins essaimé au loin ses audaces d’homme éclairé, dans le désert du Golan ou à Mexico dans un paysage volcanique.

Un Moeschal qui, en 1995, à propos de la place de l’esthétique dans ses réalisations, confiait à Françoise Mortier lors d’un "Corps à cœur" épatant : "La mise en harmonie et l’emploi de la matière à sa juste valeur." Ou, serein : "Dire que la ville est mon musée est très prétentieux. Je me réserve la modestie et la discrétion." Aussi, est-il heureux de le retrouver dans un exposition qui, maquettes de ses œuvres fétiches à l’appui, rend à ce César des arts ce qui lui appartient : des signaux qui défient l’espace et le temps pour le bien de tous.

Roger Pierre Turine

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