Arts et Expos

On a appris la mort ce week-end de Jean Guiraud, un homme qui a influencé toute une génération d’artistes et de critiques. Chaque fois qu’on le rencontrait, on était frappé par son intelligence dans son approche de l’art.

Professeur d’esthétique à l’Institut supérieur Saint-Luc de Bruxelles, sous le nom alors de frère Bernard, il y fonde un atelier de peinture et deux ateliers expérimentaux, dont l’un se consacre à l’étude de la couleur et l’autre à celle des structures spatiales. En 1969, il entre au laboratoire d’esthétique expérimentale dont Georges Thinès a doté l’Université de Louvain. Il y étudie les tensions et les interactions perceptives - chromatiques, lumineuses et spatiales - en vue d’une analyse renouvelée des œuvres, dont celles de Cézanne et de Mondrian, parmi d’autres artistes anciens et contemporains comme Carrade et Meurant (il a publié encore en 2006, un livre sur Cézanne chez Academia Bruylant). En 1972, il fonda à Saint-Luc, l’Erg, avec le critique international Thierry de Duve. "Esthéticien de renom, Jean Guiraud était une éminence grise dans l’institution et un mentor pour moi, auteur d’une 'Energétique de l’espace’ sur laquelle j’avais écrit mon mémoire de licence. Vers la fin octobre, il m’appelle et m’annonce qu’on a décidé la création d’une nouvelle école d’art et que celle-ci serait "expérimentale". Il fallait concevoir un projet dare-dare et dans le plus grand secret", a-t-il raconté. Pour l’anniversaire de Saint-Luc, Vincent Baudoux avait rendu ainsi hommage à Jean Guiraud : "La mise en scène de son cours était étonnante : la salle entière plongée dans le noir, pendant deux heures, éclairée de la même diapositive. Et une voix, chaude, sentant bon le Sud. Une voix inspirée, tout en affects. Une voix capable de raconter l’image dans chacun de ses détails, en prenant son temps, capable de montrer cette nuance, puis cette autre, cette autre encore, alors que nous pensions avoir tout vu. S’en dégageait, dans le noir, l’amour du dessin. Il n’en fallait pas plus pour méduser les gamins que nous étions, à qui jamais on n’avait appris à regarder, ni à voir, et à qui l’on ne parlait jamais ainsi. Ce théâtre -car c’en était un- le confinait à l’hypnose. Faut-il s’étonner que chacun d’entre nous voulait, après cela, devenir peintre ? Ceci visait à faire comprendre que le dessin peut-être autre chose que l’académisme. "Si je peins, c’est pour ne pas parler" affirmait Picasso. Jean Guiraud restera comme l’homme qui a fait parler le dessin."